Guy Sorman : « Il faut donner un visage aux dissidents chinois »
 

Guy Sorman : « Il faut donner un visage aux dissidents chinois »
Vendredi 3 novembre 2006

A Taipei pour la parution de la version chinoise de son ouvrage L’année du Coq, Chinois et rebelles, Guy Sorman a insisté sur le devoir qu’il se fait, à chaque fois qu’il en a l’occasion, de rappeler le nom des gens qui, en Chine, souffrent de la dictature.

Ainsi, L’année du Coq n’est pas un livre sur la Chine, mais sur des Chinois, a-t-il expliqué. En effet, derrière les chiffres que brandit Pékin pour traduire sa puissance économique, il y a des femmes et des hommes en chair et en os qui sont emprisonnés, poursuivis, et auxquels on refuse toute dignité.

Alors faut-il boycotter les Jeux Olympiques de Pékin en 2008 ? « Non, répond catégoriquement l’écrivain. Ce serait le meilleur moyen de réunir la population autour de son gouvernement. Ce que nous devons faire, c’est utiliser les JO pour faire pression sur la Chine sur le plan des droits de l’homme, pour sortir les dissidents de l’anonymat et de l’isolement. “Comment s’appelle cette jeune Tibétaine qui a été tuée récemment à la frontière ?” Il faut le dire et le répéter, donner un visage aux dissidents. »

Guy Sorman a, en quelque sorte, donné l’épilogue de son ouvrage en raillant la réaction des dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) à ses critiques. « Leur commentaire a été que tout ce qui y est décrit est absolument vrai, mais que ces malheurs ne sont que le résultat de la transition économique que traverse la Chine et que je ne fais pas assez confiance au Parti pour trouver des solutions… »

« Je suis tout à fait d’accord avec eux : je ne fais pas confiance au PCC pour améliorer les choses », a-t-il poursuivi dans un large sourire, réfutant en revanche leur analyse quant aux causes de ces malheurs. Pour Guy Sorman, ils sont le résultat d’une politique délibérée d’exploitation des pauvres et des paysans, de destruction de la religion, de discriminations juridiques et économiques systématiques entre les villes et les campagnes.

« C’est une stratégie de puissance qui ne sert que le PCC », celui-ci étant le seul à connaître l’étendue des problèmes qu’elle engendre et à savoir le nombre des révoltes qui secouent le pays chaque jour.

La conclusion de Guy Sorman est en demi-teinte, certains diront même contradictoire. Oui, on assiste, dit-il, à la renaissance d’une grande nation, mais qui se fait par le bas, par la société civile. « J’attache beaucoup d’importance à la reconstruction d’une culture populaire, à la manière dont un temple taoïste est édifié spontanément. »

Cela dit, depuis l’accession au pouvoir de Hu Jintao, la répression s’est accentuée, la presse est encore moins libre, l’Internet sous haute surveillance, car l’ordre social est la seule garantie de survie du régime. Un exemple du manque de confiance des dirigeants chinois en leur propre avenir ? « Ils ont tous assuré leurs arrières à l’étranger, y ont envoyé leurs enfants faire des études, y ont investi, acheté une maison… comme s’ils se préparaient à partir en catastrophe à tout moment ! »

Mais le peuple chinois ne se soulèvera pas, prédit-il, parce qu’il n’en a pas les moyens, et aussi parce qu’il craint trop l’instabilité et qu’il n’a pas de désir de violence.

Que doit retirer Taiwan de ces réflexions ? « Taiwan doit jouer un rôle exemplaire, et démontrer que la civilisation chinoise est faite pour la démocratie, pas pour la tyrannie, contrairement à ce que certains, aux Etats-Unis ou en Europe, continuent de croire. »

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