Polémique autour des révélations de Roland Dumas
Lundi 3 mars 2003

La direction du Parti pour le peuple (PFP) est montée au créneau hier pour tenter de désamorcer une véritable bombe médiatique qui menace son président et fondateur, James Soong, à quelques mois des élections présidentielles. En effet, un livre de Roland Dumas paru samedi dernier en France implique dans l’affaire des frégates « le secrétariat général du parti au pouvoir » à Taiwan à l’époque – et c’est James Soong qui a occupé la fonction de secrétaire général du Kuomintang de mai 1989 à mars 1993.

Dans un ouvrage intitulé L’épreuve, les preuves, l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand donne quelques précisions sur les affaires pour lesquelles il a été poursuivi – et relaxé le 24 janvier –, notamment celle concernant la vente de frégates Lafayette à l’armée taiwanaise au début des années 90, qui se serait soldée par la mort de plusieurs personnes, dont le capitaine Yin Ching-feng, assassiné alors qu’il s’apprêtait à faire des révélations.

Taiwan a acheté six frégates Lafayette à la France en 1991 pour 2,8 milliards d’USD. Roland Dumas affirme qu’un total de 500 millions d’USD a été versé en commissions occultes, réparties entre Taiwan et la Chine communiste : 100 millions pour le Parti communiste chinois et 400 millions pour le secrétaire général du Kuomintang.

Non seulement James Soong a toujours nié avoir pris une quelconque part aux tractations concernant les frégates, s’est empressé de rappeler Daniel Huang, le porte-parole du PFP, mais il a même demandé que toute la vérité soit faite sur cette affaire au cours de la dernière campagne présidentielle.

En ce temps-là, ajoute Hsieh Kung-ping, le secrétaire général du PFP, il n’existait pas de frontière claire entre le gouvernement et le parti au pouvoir, et il peut y avoir eu une confusion dans l’esprit de Roland Dumas entre les trois organes-clés qu’étaient le secrétariat général du Kuomintang, le secrétariat général de l’office de la présidence de la République (alors dirigé par Tsiang Yen-si, aujourd’hui décédé) et le secrétariat général du Yuan exécutif (alors dirigé par Wang Chou-ming, aujourd’hui directeur d’une société de télécommunication).

Hsieh Kung-ping appelle Roland Dumas à désigner par leur nom les personnes qu’il accuse afin d’« éviter aux innocents de voir leur réputation salie ». Selon Hsieh Tsung-min, un ancien conseiller du président Chen Shui-bian, le politicien français aurait en sa possession une liste nominale de tous les acteurs de ce scandale, tant à Taipei qu’à Pékin.

Dans le camp du Parti démocrate-progressiste au pouvoir, on raille la ligne de défense adoptée par James Soong : il est peu probable, pense le député Chen Ching-chun, qu’un ministre des Affaires étrangères français n’ait pas une bonne compréhension du système politique de Taiwan. Ces soupçons de corruption, poursuit le député, s’ajoutent à d’autres accusations de détournements de fonds auxquelles le président du PFP n’a jamais apporté de réponse convaincante.

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