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Le procureur général de la Cour suprême, Wu Ching-hao, a ordonné hier l’ouverture immédiate des documents bancaires fournis par la Suisse dans le cadre du scandale des frégates Lafayette, afin que le travail de traduction et d’analyse des données qu’ils recèlent commence sans délai.
La décision a entraîné des protestations véhémentes du Kuomintang (KMT) qui dénonce une manœuvre politicienne du Parti démocrate-progressiste (DPP) au pouvoir, moins de deux semaines avant le scrutin du 3 décembre. Le KMT ne nie pas que certains de ses anciens poids lourds sont liés à une affaire qui empoisonne la vie politique insulaire depuis le début des années 90.
Le parquet général avait d’abord promis d’attendre la conclusion des élections de décembre pour enlever les scellés qui ont été apposés sur les monceaux de documents transmis par la justice suisse, afin de ne pas influer par trop sur la vie politique locale.
Or, a expliqué Wu Ching-hao hier, le temps presse : les autorités judiciaires taiwanaises viennent d’être sommées par leurs homologues suisses de leur soumettre avant la mi-décembre une demande formelle s’appuyant sur des arguments juridiques suffisants, si elles souhaitent récupérer les fonds déposés en Suisse par le principal suspect dans cette affaire.
Ce sont quelque 20 milliards de dollars taiwanais qui sont gelés sur une cinquantaine de comptes secrets ouverts en Suisse par Andrew Wang. Si la requête officielle de la justice taiwanaise n’intervient pas avant la mi-décembre, a averti Genève, ces fonds seront débloqués et l’homme d’affaires en fuite pourra en disposer comme bon lui semble.
On soupçonne fortement depuis longtemps déjà que, profitant de son rôle d’agent de Thomson-CSF, la société française qui a vendu à Taiwan les frégates en question, Andrew Wang a reçu une très importante commission et en a redistribué une partie à plusieurs hauts responsables, à Taiwan et dans divers autres pays.
Si le procureur général s’est engagé tout faire pour prévenir les fuites après l’ouverture des dossiers bancaires suisses, les révélations ont précédé celle-ci, puisque le député William Lai, du DPP, a fait part à la presse hier des informations qui lui ont été fournies par « des amis vivant à l’étranger ».
Selon le député, d’importants personnages du KMT auraient donné leur aval pour le versement à l’intermédiaire d’une commission de 18% (soit 486 millions de dollars américains) sur le prix d’achat des six frégates, qui aurait été artificiellement gonflé à cet effet.
William Lai a appelé l’ancien Premier ministre Hau Pei-tsun, ainsi que deux autres militaires de haut rang suspectés d’avoir trempé dans cette affaire de pots-de-vin, à communiquer au public l’ensemble des mouvements intervenus sur leurs comptes bancaires au moment des faits.
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