04/04/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

La floriculture taiwanaise en pleine éclosion

06/04/2019
Les exploitations floricoles ne sont pas rares dans le district de Changhua, dans le centre du pays. IL s’agit en effet de l’une des principales régions productrices de fleurs. Sur le territoire national, 14 355 hectares étaient consacrés à la culture des fleurs en 2017.
Photo : Chen Mei-ling / MOFA

Des mesures de soutien permettent au secteur taiwanais de la floriculture de rester sur le chemin de la croissance.

Chaque jour, à trois heures du matin, Wu Zhi-yan [吳致延] commence sa journée en préparant un lot de marguerites d’Afrique à la vente. Installé dans l’une des six grandes serres familiales, le cultivateur de 33 ans coupe et nettoie méticuleusement les fleurs pour qu’elles puissent être emballées individuellement et envoyées à une entreprise locale de distribution. Dans les heures qui suivent, ces fleurs aux couleurs vives seront installées sur les étals de marchés proches et lointains.
 
Wu Zhi-yan a quitté son emploi d’ingénieur en électronique en 2016 pour reprendre la ferme familiale située dans la commune de Tianwei du district de Changhua, dans le centre du pays. « Mon père vieillit et c’est de plus en plus difficile pour lui d’effectuer ce travail fatigant, explique-t-il. Les perspectives pour le secteur de la floriculture à Taiwan restent bonnes et j’ai pensé qu’il serait dommage que personne ne prenne la suite. »
 
Comme de nombreux petits producteurs, Wu Zhi-yan a bénéficié d’importants programmes de soutien de la part des secteurs public et privé. La famille a reçu plus de 5 millions de dollars taiwanais de subventions de la part du ministère de l’Agriculture pour des équipements et la construction d’une serre. Le producteur a également participé à des formations proposées par l’association des agriculteurs locale, sur des sujets comme la lutte contre les maladies et les nuisibles. Il a en outre rejoint son réseau de soutien pour les nouveaux venus du secteur agricole.
 
Wu Zhi-yan a des projets d’expansion ambitieux, comme une alliance avec les exploitants voisins afin de créer une destination écotouristique. « Grâce à ces programmes d’aide et à leurs financements, j’ai une véritable opportunité de développer l’activité », indique-t-il.

Ancien ingénieur en électronique devenu agriculteur et installé dans la commune de Tianwei du district de Changhua, Wu Zhi-yan prépare des bouquets de marguerites d’Afrique. (Photo : Chen Mei-ling / MOFA)

La floraison des opérations

Le secteur taiwanais de la floriculture a bénéficié d’une croissance stable au cours de la dernière décennie grâce à la hausse de la demande nationale et à un accès élargi aux marchés étrangers. Les chiffres du ministère de l’Agriculture indiquent que l’utilisation de terres agricoles pour la culture de fleurs atteignait 14 355 hectares en 2017, contre 10 973 en 2000. La valeur totale de la production industrielle a atteint 17,7 milliards de dollars taiwanais (590 millions de dollars américains) en 2017, alors que dans un même temps, les fleurs dépassaient tous les autres produits agricoles en termes de revenu par hectare.
 
Environ un tiers de la production floricole taiwanaise est vendu à l’étranger. Les cultivateurs exportent des anthuriums, des lisianthus, des orchidées oncidiums et phalnæopsis (ou orchidées papillons) vers des destinations comme l’Australie, l’Union européenne, le Japon et les Etats-Unis. Les orchidées sont majoritaires dans les exportations nationales, atteignant 90% du total en 2017.
 
Le statut de Taiwan comme centre international de la culture d’orchidées lui vient du travail d’amateurs éclairés pendant les années 1970. Au cours de cette période d’essor économique rapide, des groupes de passionnés ont commencé à accumuler et à croiser les variétés. Leurs créations uniques ont fait monter les prix sur le marché local parmi les collectionneurs de fleurs et les designers floraux.
 
Au milieu des années 1980, le ministère de l’Agriculture et l’entreprise nationale Taiwan Sugar Corp. (Taisugar) remarquèrent cette particularité et décidèrent de transformer ce passe-temps de spécialistes en une véritable industrie. Dans la décennie qui suivit, Taisugar a importé les systèmes de serres modernes des Pays-Bas et a commencé la production en masse de fleurs en utilisant la culture de tissus, un ensemble de techniques qui permettent de produire la copie exacte d’une plante en cultivant des cellules dans des milieux nutritifs spécifiques.
 
Avec une demande en hausse et des coûts de production en baisse, de plus en plus d’entreprises ont rejoint le secteur, permettant ainsi la mise en place d’une véritable chaîne d’approvisionnement des orchidées. Aujourd’hui, les orchidées représentent 35% de la production floricole taiwanaise, avec des exportations dans plus de 80 pays et territoires atteignant une valeur de 178,3 millions de dollars américains en 2017.

Un marché aux fleurs de grossistes dans l’arrondissement de Neihu de la ville de Taipei offre des fleurs d’une grande variété de couleurs, de formes et de tailles. (Photo : Chen Mei-ling / MOFA)

Cultiver le succès

« Taiwan jouit de nombreux avantages dans la floriculture, comme des techniques de reproduction de pointe à base de biotechnologies, des conditions climatiques favorables et d’abondantes ressources génétiques, détaille Denise Fang [方怡丹], directrice de la division de la production végétale au sein de l’Agence de l’agriculture et de l’alimentation du ministère de l’Agriculture. Cependant, le pays fait face à une concurrence de plus en plus forte de la part de la Chine et des pays d’Asie du Sud-Est. »
 
Au cœur des efforts du ministère de l’Agriculture pour garantir le succès constant du secteur se trouve la suppression des barrières commerciales. A ce titre, explique Denise Fang, une étape importante a été franchie en 2005 avec la décision du gouvernement américain d’autoriser les importations taiwanaises de jeunes plants d’orchidées phalnæopsis dans leurs pots contenant des milieux de culture. Les producteurs locaux ont reçu une approbation analogue pour les orchidées oncidiums en 2016.
 
Sur le plan national, le ministère s’attache à renforcer les groupements d’entreprises en établissant des parcs de floriculture. Les cultivateurs qui s’y installent bénéficient de loyers réduits pour des terres agricoles et des serres équipées de systèmes informatiques. Ils peuvent en outre faire des demandes de prêt professionnels à taux réduits. Au total, 16 parcs ont été implantés à travers le pays, le plus vaste d’entre eux étant la Plantation d’orchidées de Taiwan, avec une surface de 175 hectares. Situé dans la ville de Tainan, dans le sud du pays, ce centre est l’un des leaders mondiaux de la culture des jeunes plants d’orchidées.
 
Un autre objectif central du ministère est de créer des produits à valeur ajoutée. Il a pour cela chargé plusieurs établissements de recherche et développement de mettre au point de nouvelles variétés d’orchidées et de plantes telles que les arums ou les noix de Malabar afin que celles-ci possèdent des caractéristiques améliorées comme des couleurs plus vives ou une plus grande longévité. Ce travail a été confié à des agences comme le Centre de recherche sur la floriculture, situé dans le district de Yunlin, et les stations de recherche et d’expansion agricoles à travers le pays. Elles sont également en charge d’élaborer des nouvelles cultures, des conditionnements adaptés à l’exportation, des techniques de stockage, ainsi que de réfléchir à la gestion des maladies et des nuisibles. Selon le Centre de recherche sur la floriculture, les avancées qu’il a réalisées ont permis une hausse de 10% des taux de survie et de croissance des jeunes plants d’orchidées phalnæopsis entre 2011 et 2015, tout en réduisant les coûts de 5% pour les producteurs.

Une présentation de bambous, de fleurs et de plantes installée dans le pavillon de l’Association pour le développement de la floriculture de Taiwan au Floralien Gent 2016, en Belgique, participe à la promotion de l’Exposition florale mondiale de Taichung. (Aimable crédit de l’Association pour le développement de la floriculture de Taiwan)

Promouvoir l’exportation
Les efforts du gouvernement pour renforcer les exportations de fleurs sont complétés par d’importantes initiatives du secteur privé. L’Association pour les exportations floricoles de Taiwan joue un rôle majeur dans la promotion du secteur en envoyant des délégations dans les plus grands salons professionnels mondiaux. En 2018, les groupes de l’association ont participé à huit événements au rang desquels HortEx Vietnam, International Flowers and Plants Expo Tokyo, IPM Essen (un salon commercial international pour les plantes qui prend place en Allemagne) et le Royal FloraHolland Trade Fair Aalsmeer.
 
Ringo Chuang [莊炳煌], secrétaire général de l’Association pour les exportations floricoles de Taiwan, assure qu’une participation régulière à ces manifestations a permis de renforcer l’image de Taiwan comme fournisseur de haute qualité. Pour Ringo Chuang, la preuve de l’excellente réputation du pays est l’intégration de ses producteurs au Royal FloraHolland depuis 2015.
 
Le salon néerlandais limitait auparavant son accès aux membres qui vendaient leurs produits à travers les marchés de vente aux enchères. Tout en soulignant que les Pays-Bas sont le plus grand concurrent de Taiwan dans le commerce des fleurs, Ringo Chuang affirme qu’en prenant part au Royal FloraHolland, les producteurs locaux ont pu en apprendre plus sur les dernières innovations dans les pays européens, mais aussi accroître leurs échanges et leurs liens avec les plus grands producteurs étrangers.
 
Pendant que l’Association pour les exportations floricoles de Taiwan s’attache à stimuler les exportations, l’Association pour le développement de la floriculture de Taiwan se concentre sur le renforcement des pratiques du secteur. L’organisation fournit à ses membres des données relatives au marché et organise régulièrement des événements, qu’il s’agisse de compétitions, d’expositions, de campagnes de publicité, de séminaires ou de formations. L’association a également participé à la mise en place de systèmes de vente aux enchères des fleurs à Taiwan.

La foule se presse dans les allées de l’Exposition florale mondiale de Taipei 2010. Ayant pris place du 6 novembre 2010 au 25 avril 2011, l’événement a attiré près de 9 millions de visiteurs. (Photo : Huang Chung-hsin / MOFA)

« Notre mission consiste à introduire des concepts et des technologies d’avant-garde, ainsi que des nouvelles variétés et des nouvelles installations venues de l’étranger afin d’améliorer le secteur floricole taiwanais », indique Kevin Chung [鍾國成], directeur général de l’association. Ces efforts portent leurs fruits, assure-t-il, remarquant que malgré la baisse du volume total des exportations ces dernières années, les revenus ont augmenté grâce à une montée en force des produits à forte valeur ajoutée.
 
Les agences gouvernementales et certaines collectivités locales sont les premières sources de financement des projets de l’Association pour le développement de la floriculture de Taiwan. L’organisation a bénéficié de fonds pour conduire des délégations à Floralien Gent 2016 en Belgique et de l’Expo 2016 d’Antalya en Turquie, avec comme objectifs de présenter les fleurs coupées et les plantes ornementales de Taiwan, mais aussi de promouvoir l’Exposition florale mondiale de Taichung.
 
Prenant place du 3 novembre 2018 au 24 avril 2019 dans la métropole du centre de Taiwan, cette dernière permet de découvrir une grande variété de fruits et de fleurs indigènes, tout en mettant en avant les concepts et les solutions environnementaux émergents. Il s’agit pour Taiwan d’accueillir pour la seconde fois cet événement mondial qui avait déjà été organisé avec succès à Taipei en 2010.
 
En tant que membre de l’Association internationale des producteurs en horticulture depuis 2004, l’Association pour le développement de la floriculture de Taiwan a été en mesure d’aider les villes taiwanaises à obtenir les droits d’organisation. Kevin Chung est actuellement le président du comité pour le marketing et les expositions de cette instance internationale, un comité qui est en charge d’approuver et de surveiller les événements internationaux d’horticulture. Il explique que la participation aux activités commerciales et aux conférences semestrielles de cette association basée aux Pays-Bas accroit la visibilité du secteur floricole taiwanais et pose les bases d’expositions florales réussies.
 
Alors que les secteurs public et privé travaillent main dans la main pour encourager le développement de cette industrie, les grands comme les petits cultivateurs regardent l’avenir avec optimisme. Luo Shi-ming [羅世明], un producteur de chrysanthèmes travaillant non loin de l’exploitation de Wu Zhi-yan à Tianwei, salue les aides financières et techniques fournies par le gouvernement, les instituts de recherche et les associations de promotion commerciale. « Ces programmes m’ont donné l’opportunité et la motivation de poursuivre la tradition agricole familiale, déclare Luo Shi-ming. Il y aura toujours une forte demande en fleurs, nous devons seulement continuer à créer des produits de haute qualité. »

 

(Infographie : Cho Yi-ju)

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