15/05/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

«Dissiper les malentendus»

01/03/1984

Une interview de Michel Junot, maire adjoint de Paris

M. Jackson Yang, maire de Taïpei, a offert les clefs de sa ville à M. Michel Junot.

Une délégation française d'élus locaux de la région parisienne a fait un séjour à Taïwan du 6 au 12 janvier 1984 pendant lequel elle a pu s'entretenir avec ses homologues taïwanais et d'autres personnalités et poser de nou­veaux jalons dans les relations franco-taïwanaises. Elle était conduite par M. Michel Junot, maire adjoint de la ville de Paris et président de l'Associa­tion pour la promotion des échanges commerciaux et touristiques avec Taïwan (ASPECT)*, qui revenait une fois de plus à Taïwan. Les autres membres de la délégation sont M. Jacques Féron, maire adjoint pour le XIXe arrondissement de Paris Mme Marie-Thérèse Michelino-Leser­ voisier, membre du Conseil municipal de Paris, et MM. Jean-François Etienne des Rosaies, membre du Conseil municipal de Paris, et Alain Robert, membre du Conseil municipal de Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).

Au cours de son séjour à Taïwan, M. Michel Junot, maire adjoint de Paris, a bien voulu accordé à notre rédaction une longue interview le 12 janvier 1984.

Q.: Quel est de but essentiel de votre visite à Taïwan?

R.: Le but de cette visite que se propo­sent les nouveaux élus de la région pari­sienne est de faire connaître Taïwan et plus particulièrement les réalisa­tions qu’elle faites à Taïwan. Les élections de mars 1983, comme chacun sait, ont com­plètement renouvelé les conseils municipaux de France. Beaucoup de nouveaux élus ne connaissent pas du tout Taïwan, dont ceux de la région parisienne que j'ai conduits ici. Ces derniers ont été enthousiasmés de la dé­couvrir, car vraiment c'était un peu l'inconnu dans lequel ils arrivaient. En effet, vous avez beaucoup de travail à faire, car c'est impensable comme Taïwan est mal connu de l'univers, et des Français en particulier.

La délégation française assistant à une projection filmée à l'Office d'Information du Gouvernement. De gauche à droite: MM. J. Féron, M. Junot, Mme M.-T. Michelino-Leservoisier, MM. A. Robert et J.-F. Etienne des Rosaies.

Q.: Croyez-vous que l'image de Taïwan puisse évoluer favorablement dans les différents milieux?

R.: Elle évolue, je crois, très favorablement dans les milieux commerciaux et culturels. Malheureusement, au niveau de l'opinion publique, il n y a pas du tout de progrès. Il y a quatorze ans lorsque je suis venu à Taïwan pour la première fois il y avait une coupure totale entre et Taïwan à la suite de la rupture des relations diploma­tiques. Cette coupure,je l'ai toujours trouvée excessive. J'avais vivement protesté contre cette situation. Et à l'appui de ma protesta­tion, je citais l'exemple du gouvernement so­cialiste autrichien d'alors qui concourait à l'obtention de contrats au développement in­dustriel de Taïwan (sidérurgie) alors que refusait d’y participer. Mais depuis, je suis très heureux de constater que depuis quelques années, la situation a changé. C'est en effet, le président Valéry Giscard d'Estaing qui a inauguré une évolution de la politique, et le gouvernement actuel continue dans la même voie à cet égard. Enfin au­jourd'hui, tant dans de domaine culturel que commercial, s'intéresse à Taïwan. Il y a maintenant ici plusieurs banques fran­çaises; Peugeot et Renault sont aussi pré­sentes. a livré des Airbus, et, je l'espère vivement, les Français pourront in­staller une centrale nucléaire Framatome après l'actuelle. Les grandes sociétés ayant maintenant découvert le chemin de Taïwan, il faut que les petites et moyennes entreprises françaises se tournent vers Taïwan plus qu'elles ne le font aujourd'hui. A cet effet, j'ai justement demandé à l'Office d'Informa­tion du Gouvernement qu'on nous envoie l'excellent film documentaire qui est une ap­proche très intéressante sur le plan culturel et commercial et, il faut même le dire, sur le plan politique. Comme je le rappelais hier à M. James Soong, directeur général de 1'0ffice d'Information, ce film est avantageux pour deux raisons. La première est son uti­lité de faire connaître Taïwan alors qu'elle ne l'est point, ce que je ne répéterais pas assez. La seconde est une manifestation plus politique. En effet, la réussite de Taïwan est un excellent instrument d'infor­mation. Il prouve comment un peuple libre réussit lorsqu'il fait appel à une constitution libérale et démocratique tandis que le même peuple connaît les pires difficultés lorsqu'il est soumis à un régime communiste. L'excel­lence de ces documents a décidé M. Féron, élu du XlXe arrondissement de Paris, d'or­ganiser une séance d'information sur Taïwan dans les locaux de la mairie annexe du XIXe arrondissement. Ceci aura d'autant plus de valeur que cette mairie annexe a été conquise aux dernières élections sur les élus sortants communistes. De plus, c'est dans cet arrondissement que se situe le siège social du parti communiste français.

Q.: Comment se compose votre délégation?

R.: Cette délégation se compose essen­tiellement d'élus locaux du Centre national des Indépendants et du RPR (Rassemble­ment pour ). Il y aura une se­conde délégation dans le courant de l'année, peut-être en automne. Lorsque l'on a pro­posé l'envoi d'une mission à Taïwan, elle a tout de suite fait l'objet d'un enthousiasme débordant, aussi l'a-t-on scindée en deux. Celle-ci est donc la première. Toutefois, nous nous permettrons d'insister sur les pro­grammes de visite proprement dits afin de consacrer plus de temps aux divers entretiens avec les personnalités des mondes politique, économique et culturel de Taïwan.

Q.: Quelles sont justement les per­sonnalités que vous avez pu rencontrer au cours de votre séjour?

R.: Nous sommes essentiellement une délégation d'élus municipaux français et, po­litiquement parlant, cette visite s'est effec­tuée à ce niveau. Nous avons donc rencontré M. Jackson Yang, le maire de Taïpei, à qui j'ai d'ailleurs apporté un témoignage de la ville de Paris et qui, à son tour, nous a remis les clés de sa ville. M. Chen Chien-chih, vice-président du Conseil municipal de Taïpei, nous a reçus en compagnie de M. Ding Mou-shih, vice-ministre des Af­faires étrangères, qui parle excellemment le français. Lors de cet entretien, nous avons plus traités des problèmes municipaux que ceux de politique générale, bien que ces der­niers soient fort intéressants lorsqu'on vient dans cette région.

Nous avons donc étudié l'organisation municipale de Taïpei, qui est la même que celle de Kaohsiung, dans le Sud, et qui nous rappelle étrangement ce qu'était l'organisa­tion municipale de Paris avant les élections de 1977. En effet, il y un maire fonction­naire nommé et un conseil municipal élu. C'était assez curieux de voir sous d'autres latitudes une réplique ancienne de la ville de Paris.

Q.: La politique générale a-t-elle été complètement écartée de vos sujets d'entretien?

R.: Non. Nous avons aussi discuté de politique générale, notamment avec le vice­ amiral Ko Thn-hwa, conseiller à la prési­dence de Taïwan pour les affaires stratégiques, lequel nous a fait un exposé sur les aspects stratégiques de la région. La stratégie du Pacifique est le plus souvent mé­connue ou mal comprise des Européens. Il faut en effet savoir que améri­caine du Pacifique peut disposer sur le front en avant de Guam ou des Marshall des bases navales de Taïwan, en admettant que celle des Philippines soit quelque peu in­stable, et que dans le détroit de Taïwan, il défile chaque jour douze super-tankers qui alimentent le Japon et qui sont la vie de ce pays. Il serait étranglé s'il ne pouvait plus re­cevoir cette énergie. On peut se rendre compte combien cette île est importante pour le monde libre.

Q.: Selon vos entretiens, la situation reste-elle favorable à Taïwan, et l'aide américaine est-elle toujours aussi importante?

R.: On nous a répondu par la négative. L'aide américaine est considérablement ré­duite bien que la politique de M. Reagan soit meilleure que celle de M. Carter. Puis­ qu'il n’y a plus d'aide gratuite américaine depuis 1965, cela crée des problèmes finan­ciers parfois délicats à résoudre. Cependant nous avons noté avec satisfaction ce matin la réponse du président Reagan faite aux communistes de Pékin qu'il n'était pas ques­tion d'abandonner l'aide à Taïwan, son dé­veloppement économique et sa capacité in­dustrielle croissante sont indispensables à cette région, au Pacifique et à l'ensemble du monde.

Q.: Pendant votre séjour, qu'est-ce qui vous a impressionné le plus?

R.: Nous avons été fortement impres­sionné par l'optimisme, l'allant de toute la population de Taïwan qui se trouve dans une situation diplomatiquement déli­cate et géographiquement menacée, mais qui s'en tire d'un façon spectaculaire. Per­sonnellement, depuis ma dernière visite en 1976, j'ai constaté que le progrès le plus extraordinaire que Taïwan a réalisé semble avoir été accompli au cours de ces trois der­nières années. C'est un saut spectaculaire qui a été accompli à Taïpei dans le domaine urbain. Deux grands projets de la ville de Taïpei nous ont aussi intéressés: les trans­ports en commun et la distribution de l'eau. Il s'agit en effet du projet de construction du métro de Taïpei sur lequel a fait quelques études, mais il semble que pour le moment ce soient des sociétés britanniques et allemandes qui sy intéressent le plus. Quoi qu'il en soit, dès mon retour à Paris, j'ai bien l'intention d'insister auprès des grandes entreprises de travaux publics fran­çaises pour répondre plus massivement aux appels d'offres taïwanais, notamment, par exemple, celles qui font le métro de Singa­pour. Quant à la distribution d'eau, il s'agit de son traitement, en particulier de sa purifi­cation par l'ozone. Ici, il y a une remarque très intéressante à faire. gé­nérale des Eaux, société française très puis­sante, qui gère et distribue l'eau de Wa­shington et de New York par des procédés français, n'a pas été consultée par le gouver­nement taïwanais, car il croyait que cette so­ciété avait été nationalisée depuis 1981, or elle ne l'est pas du tout. Un de nos collègues, M. des Rosaies, plus spécialisé en la ma­tière, s'est particulièrement penché sur la question. A la suite de l'entretien avec M. Hsu Hong-hsi, président de ­sion à des Eaux et Forêts, il est déjà convenu, qu'une équipe d'ingénieurs taïwanais que nous avons invités se rendront en France pour un stage à Compagnie géné­rale des Eaux. Et réciproquement, la société française enverra une équipe d'ingénieurs à Taïwan pour étudier l'application à Taïwan du traitement de l'eau par l'ozone qui, paraît-il, est quelque chose de tout à fait re­marquable et d'une très grande utilité. Ne serait-ce que pour cela, notre entretien a eu pour effet de dissiper un malentendu, une idée préconçue et même une erreur qui fai­sait obstacle à la coopération franco­-taïwanais.

Q.: Ceci amène à croire qu'il pour­ rait exister beaucoup d'autres malen­tendus de ce genre. Qu'en pensez-vous?

R.: Cela prouve en effet combien les échanges sont nécessaires. En tant que prési­dent de l'ASPECT (Association pour la pro­motion des échanges commerciaux et touris­tiques avec Taïwan) qui représente les inté­rêts de Taïwan en France, j'ai décidé à mon retour à Paris de rechercher avec les respon­sables taïwanais en place à Paris les moyens de communication entre les deux places. De plus, il faut nous efforcer de dissiper les ma­lentendus, les idées préconçues de ce genre dans certains domaines et de mieux faire connaître les réalités et les succès taïwanais en France. Vous qui êtes ici, vous pouvez bien entendu diffuser un grand nombre d'in­formations, mais auriez-vous jamais ima­giné qu'il pouvait y avoir une erreur de ce genre. Quant à moi je n’y aurais jamais pensé. Lors de notre entretien avec M. Ding Mou-shih, qui m'a beaucoup impressionné et avec qui nous avons conversé en français, nous avons convenus d'échanger une corres­pondance plus fréquente pour rechercher les moyens d'une coopération efficace qui se concrétise par des résultats positifs.

Q.: M. le maire, verra-t-on prochai­nement une délégation taïwanaise à la mairie de Paris?

R.: Mais oui. Nous sommes tout prêts à recevoir une délégation d'élus locaux taïwanais, mais je ne suis pas le maire de Paris pour pouvoir en décider dans l'immédiat. Seul M. Chirac pourra faire cela.

Mais j'affirme bien que nous attendons les bras ouverts une délégation d'élus muni­cipaux taïwanais. Plusieurs de mes collègues sont aussi prêts à faire le même geste en leur mairie de banlieue ou de province. Par exemple, lors de l'exposition sur les réalisa­tions taïwanaises que M. Féron a décidé d'organiser dans quelques mois en la mairie annexe du XlXe arrondissement de Paris, ce pourrait être une excellente occasion pour les personnalités municipales taïwanais de venir et d'être reçues en France.

* ASPECT (Association pour la promotion des échanges commerciaux et touristiques avec Taïwan). 9, avenue Matignon, Paris VIIle (Télé­phone: 299 16 91 et 256 25 99) a la possibilité de déli­vrer des visas de tourisme pour l'île de Taïwan.

 

Les plus lus

Les plus récents