10/06/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

Sur les routes de Taiwan

01/08/2011
En couverture, les canoës de l’île des Orchidées invitent au dépaysement.
Avec son fond vert, sur lequel se détache « Taiwan » en lettres roses, on le reconnaît au premier coup d’œil. Sorti quelques mois seulement après la version originale anglaise, le Guide vert à destination des lecteurs francophones que la maison Michelin consacre à Taiwan tient toutes ses promesses. Articulé en trois parties, il se propose d’aider le lecteur à organiser son voyage, à comprendre la destination et à la découvrir plus finement grâce à un découpage en régions.

Côté culture

La première partie fournit, à travers une série de rubriques incontournables, des informations sur les liaisons aériennes et maritimes vers Taiwan, les adresses utiles pour préparer son voyage ou encore les formalités à accomplir avant l’embarquement (on notera que, depuis la publication du guide, la période pendant laquelle les citoyens canadiens peuvent séjourner à Taiwan sans avoir à demander de visa a été portée à 90 jours, comme c’est déjà le cas depuis le début de l’année 2011 pour les ressortissants de l’Union européenne). De A comme achats à V comme voiture, un glossaire recense les renseignements indispensables à un séjour dans l’île – avec des entrées consacrées aux sources chaudes ou encore aux arts martiaux. Cette première partie, ramassée en 35 pages, propose enfin l’agenda des principales festivités, ainsi que de brèves bibliographie et filmographie relatives à Taiwan.

Les 80 pages suivantes brossent un portrait à bien des égards remarquable de la société taiwanaise. Sa démographie et son économie sont rapidement passées en revue, une place plus importante étant accordée aux pratiques religieuses. Des clés sont également données pour comprendre la place des femmes dans la société taiwanaise, la frénésie de consommation ou encore le sens de l’hospitalité caractéristiques des Taiwanais. Les traditions et l’art de vivre ont droit à un chapitre entier, confirmant l’ambition culturelle de l’ouvrage. Les illustrations sont peu nombreuses, la priorité étant donnée au texte. Dans ce contexte, le lecteur pourra se féliciter que les noms des monuments, des sites naturels ou encore des spécialités culinaires figurent à chaque fois en caractères chinois. Il pourra par contre regretter que la transcription phonétique de ces caractères ne soit pas, elle, systématique. En matière gastronomique par exemple, il faudra aux visiteurs non sinophones faire preuve d’imagination pour reconnaître et commander, sans photo ni transcription à l’appui, des biscuits « langue-de-bœuf » [牛舌餅], entre autres mets délicieux.

Suivent le récit et la chronologie des événements survenus sur l’île de Taiwan. L’histoire du peuplement chinois de l’île est particulièrement étoffée et, plus largement, la lecture de ce chapitre permet aux visiteurs néophytes comme à ceux déjà familiarisés avec Taiwan de s’approprier son histoire mouvementée, depuis l’apparition des peuples austronésiens jusqu’à la fin du régime autoritaire du Kuomintang, au milieu des années 80, en passant par la période hollandaise et la colonisation japonaise. La période contemporaine est traitée plus superficiellement, qu’il s’agisse du récent développement des interactions entre l’île et le continent chinois ou de la vitalité démocratique de Taiwan. L’édition française a, toutefois, heureusement corrigé certaines erreurs et imprécisions figurant dans l’édition originale. Les arts, la culture et les richesses naturelles de l’île ne sont pas oubliés, les principaux monuments du pays étant habilement présentés au sein de la section consacrée à l’architecture.

La cartographie est indéniablement l’un des points forts du Guide vert. (HUBERT KILIAN)

Un guide des régions

La principale innovation de ce guide est une organisation en grande régions qui n’hésite pas à faire fi des découpages administratifs. L’objectif – donner au lecteur des repères géographiques simples lui permettant d’organiser ses visites en rayonnant autour de quelques points fixes ou en suivant des axes routiers – est parfaitement atteint.

Certains périmètres sembleront évidents – la région de Taipei, le sud de Taiwan, la côte est – mais, au-delà des intitulés, les visites et les parcours proposés reflètent une approche pragmatique du territoire, d’autant plus que le fameux classement par étoiles, inventé au début du 20e s. par la marque au Bibendum, est ici appliqué à tous les niveaux. Par exemple, le centre de Taiwan est pensé autour de Taichung (une étoile), avec Lugang (deux étoiles) au sud-ouest, le lac du Soleil et de la Lune (deux étoiles) au sud-est, la chaîne centrale de montagnes (deux étoiles) à l’est et Chiayi (sans étoile) au sud. Une carte de la région permet en un clin d’œil de repérer ces différents points et leur intérêt respectif. Si l’on opte pour les rives brumeuses du plus célèbre des lacs taiwanais, on peut lire l’impression générale des auteurs du guide (nuancée, en l’occurrence) et les informations essentielles pour se repérer, identifier les sites à ne pas manquer, organiser son temps et privilégier, si on le souhaite, des activités adaptées à toute la famille. Suit un « circuit conseillé » reliant des monuments auxquels ont été ou non attribuées des étoiles, des idées de visites alternatives et des encadrés consacrés aux aborigènes Thao, à la fête de la moisson et au lien particulier qu’entretenait Chiang Kai-shek [蔣介石] avec le lac. Une sélection d’adresses, peu nombreuses, clôt la section : utiles, elles ne suffisent toutefois pas à comparer l’offre locale d’hébergement et de restauration.

Ce mode d’organisation de l’ouvrage et le parti pris d’explorer certains axes routiers laissés de côté par d’autres guides – hommage du Guide vert à sa maison-mère –, laissent entrevoir de belles ballades escarpées : les villages de montagne du sud de l’île, dans l’arrière-pays de Kaohsiung, ont ainsi droit à tout un chapitre, de même que la route nationale n°11, le long du Pacifique. L’île Verte et l’île des Orchidées, tout comme les archipels du détroit de Taiwan – Kinmen, Matsu et Penghu –, ne sont pas oubliés mais la relation qui en est faite laissera peut-être sur leur faim les inconditionnels de ces contrées isolées.

Généraliste, le Guide vert s’impose pour préparer un voyage à Taiwan. Sa sélection éclairée de sites et de monuments permet de décider efficacement d’un itinéraire – à l’inverse d’autres ouvrages, le guide n’essaie pas de faire passer Kenting pour un Hawaii taiwanais et n’hésite pas à noter l’état de délabrement relatif d’un certain nombre de sites par ailleurs non dénués d’intérêt. Sa cartographie est claire et sobre. En faisant le choix du hanyu pinyin pour la transcription des noms chinois tout en adhérant aux usages consacrés pour les sites touristiques majeurs, il se sort sans trop d’égratignures d’un exercice des plus corsés (on regrettera toutefois des coquilles trop nombreuses dans la troisième partie). Sa sortie vient accompagner la progression, modérée mais régulière, du nombre de visiteurs issus de pays francophones (+15% entre 2005 et 2010, selon les statistiques de l’office national du Tourisme). Ceux-ci disposent désormais d’un outil rigoureux, complet et précis.

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