Quatorze milliards de dollars américains : c'est le coût estimé du tremblement de terre du 21 septembre, l'un des plus puissants qui aient touché Taïwan depuis des décennies. D'innombrables habitations, routes, ponts, écoles, usines, équipements de production etc. ont subi des destructions substantielles, si bien qu'on est en droit de s'interroger sur les conséquences du séisme sur le « miracle économique » taïwanais.
Mais faut-il vraiment s'inquiéter pour Taïwan? Dans les cercles économiques comme dans ceux du pouvoir, l'optimisme reste de mise : la solidité de son économie, la compétitivité de son industrie et l'abondance de ses réserves en devises promettent à Taïwan un prompt rétablissement. « Le séisme a semé la mort, la souffrance et la destruction, mais son impact sur l'économie taïwanaise ne sera pas significatif », soutient par exemple Hu Sheng-cheng, directeur de l'Institut d'économie de l'Academia Sinica. « C'est la seule lueur d'espoir sur un horizon par ailleurs plutôt déprimant. »
D'où vient cette impression de verre à moitié plein ou à moitié vide ? « Sur le court terme, les effets du séisme seront négatifs, en particulier sur les exportations, concède l'économiste. Mais sur le moyen et le long terme, il est probable que les choses s'arrangeront, étant donné la croissance de la demande intérieure engendrée par les travaux de reconstruction, et la consolidation des infrastructures et du système financier. » En d'autres termes, les nécessaires projets de reconstruction stimuleront la demande en matériaux de construction tels le ciment et l'acier, créeront des emplois et généreront une augmentation de la production.
Schive Chi, le vice-président de la commission d'Etat de la Planification et du Développement économiques, affiche lui aussi un certain optimisme. « Dans un premier temps, le séisme sera lourd de conséquences sur les activités économiques insulaires. En particulier, les dégâts infligés aux lignes à haute tension et aux voies de communication ont eu un impact considérable sur les secteurs industriel et touristique. » Mais comme M. Hu, le haut fonctionnaire est confiant dans la capacité des projets de reconstruction et des investissements qui en découleront à dynamiser l'économie du pays. « Si l'on regarde vers l'avenir, l'influence du tremblement de terre sur la croissance économique et la compétitivité de l'île sera assez limitée, dit-il. Comme dans le cas d'un incendie ou d'une guerre, les travaux qui suivent [le drame] donnent l'opportunité d'une amélioration. »
Cela dit, certains aspects de la crise présente restent problématiques. M. Hu s'inquiète en particulier de la situation critique dans laquelle se trouvent les organismes de crédit de la partie centrale de l'île, la région la plus touchée. Les caisses de crédit et les coopératives agricoles devraient en effet y être profondément affectées dans la mesure où un grand nombre de leurs clients ont perdu leur logement et auront d'énormes difficultés à rembourser leurs emprunts immobiliers. Cela accentuera la pression subie par les organismes les plus fragiles, leur actif plongeant au-dessous de leurs engagements. « Les organismes de crédit, en particulier les coopératives de pêcheurs et d'agriculteurs, sont un des maillons faibles de notre économie, constate l'économiste. Leurs bilans de trésorerie présentent souvent une image erronée de leurs activités. » M. Hu en appelle donc au gouvernement pour qu'il résolve ce problème en imposant au secteur des règles d'audit et de transparence plus strictes.
Le gouvernement s'est d'ores et déjà porté au chevet d'une vingtaine de petits organismes financiers fragilisés par les récents événements. Cette aide prend en particulier la forme d'incitations fiscales aux fusions-acquisitions, et dans certains cas, le gouvernement pourrait même procéder à des alliances forcées parmi les coopératives et les caisses de crédit. Un projet de loi autorisant ce genre de fusions sera bientôt transmis au Yuan législatif pour approbation.
Néanmoins, le problème n'est pas circonscrit à la région du Centre, ni d'ailleurs aux petits organismes de crédit. On peut s'attendre à ce que le ratio de créances douteuses ou irrecouvrables monte en flèche si les banques sont contraintes à effacer les dettes des emprunteurs dont l'habitation a été détruite, ainsi que le préconise le gouvernement. Certains analystes financiers prédisent que cette initiative entraînera une augmentation d'un pour cent du ratio des arriérés pour l'ensemble du secteur bancaire, et affectera inévitablement la totalité du secteur financier insulaire. Le ministère des Finances avait, dans les jours qui ont suivi le séisme, demandé aux banques de prendre à leur charge les emprunts immobiliers des victimes. Il semble aujourd'hui vouloir faire machine arrière. L'alternative serait que le gouvernement supporte lui-même une partie du fardeau.
Schive Chi est en tout cas intraitable lorsqu'il affirme que le gouvernement n'endossera qu'une partie de la dette. Il craint en effet qu'une tentative de redistribution des créances douteuses ne désavantage les propriétaires qui avaient emprunté de l'argent auprès de parents ou amis pour financer leur achat (une pratique très répandue à Taïwan) ou qui n'avaient aucun emprunt immobilier à rembourser. « Lorsqu'une catastrophe naturelle occasionne des pertes, le gouvernement a la responsabilité d'en partager la charge, admet-il. Mais il n'a pas à endosser l'entière responsabilité de la catastrophe, qui justement a des causes naturelles, et ne relève pas d'une erreur du gouvernement. Sa mission est de procurer des plans d'assistance, mais il ne faut pas attendre de lui qu'il compense la totalité des pertes subies par les uns et les autres. »
L'économiste Hu Sheng-cheng acquiesce : « L'intervention du gouvernement doit rester modérée. Ce qui importe maintenant, c'est que le gouvernement édicte des règles acceptables par tous, par exemple sur la façon dont les droits de propriété et les droits au crédit des différents occupants d'une même résidence doivent être distribués. » Le tableau est obscurci par le fait que sur les 20 milliards de TWD (environ 625 millions d'USD) destinés à éponger les créances irrecouvrables, la part du lion revient en partage à trois banques gérées par le secteur public : la Bank of Taiwan, la Land Bank of Taiwan et la Taiwan Cooperative Bank.
Il est fort probable que le gouvernement et les huit premières banques de Taïwan finissent par trouver un compromis qui verrait celles-ci absorber environ un tiers des créances courant sur les logements détruits ou inhabitables, en échange de l'obligation de la part des propriétaires immobiliers concernés de souscrire auprès de ces mêmes banques de nouveaux emprunts immobiliers à taux préférentiels. Cet accord particulier ne concernerait pas les terrains sur lesquels étaient construits les logements en question, mais les propriétaires des logements détruits auraient comme option d'échanger leurs parcelles contre d'autres terrains appartenant pour l'instant au gouvernement.
Le secteur bancaire n'est pas le seul à craindre les retombées du séisme : les compagnies d'assurances elles aussi commencent à faire leurs comptes, alors qu'elles se préparent à verser des indemnités à leurs clients. Heureusement, la plupart s'étaient elles-mêmes couvertes auprès de réassureurs étrangers, ce qui devrait permettre de réduire les pertes. Néanmoins, si l'on en croit une estimation du ministère des Finances, datée du 19 octobre dernier, le total des indemnités à verser aux sinistrés pourrait dépasser 20 milliards de TWD (environ 625 millions d'USD), couvert à 70% seulement par les polices de réassurance contractées à l'étranger. Tseng Wu-jen, l'assistant du directeur général du département des Assurances, au ministère des Finances, prédit une réduction de la capacité de réassurance des assureurs taïwanais, ainsi qu'une réévaluation à la hausse des primes exigées par les compagnies de réassurance étrangères. Il devrait en résulter une sensible augmentation de la valeur des indemnités versées par les assureurs locaux, qui à son tour aura une influence sur le montant des primes.
M. Tseng souligne qu'à Taïwan, il est rare que les résidences soient assurées contre les tremblements de terre, une option actuellement proposée en supplément de l'assurance-incendie, et non pas comme une assurance indépendante. Les statistiques publiées par l'Association des assureurs de Taïpei font état de 1 207 322 contrats d'assurance anti-incendie à la fin de 1998, générant un revenu annuel de 9,8 milliards de TWD (306,2 millions d'USD). Il faut toutefois noter que sur l'ensemble de ces contrats, 13 002 seulement comportaient une couverture du risque de séisme, ces polices ayant été souscrites au prix total de 190 millions de TWD (5,9 millions d'USD). En d'autres termes, à peine 1,08% des polices anti-incendie comportent un volet anti-séisme, ce qui représente 1,94% du total des primes perçues par les assureurs. Enfin, il est à noter que 0,44% seulement des habitations étaient assurées contre le risque de séisme. « Ce pourcentage minime de foyers assurés contre le risque de séisme est un élément sur lequel il nous faut absolument travailler, souligne M. Tseng, étant donné que Taïwan se situe dans une zone de faille. Le tremblement de terre aura pour conséquence de faire réfléchir les gens à la gravité de ce genre de crises et, espérons-le, de les inciter à souscrire les polices d'assurance adéquates. » Quoi qu'il en soit, le ministère des Finances prévoit de lancer une grande campagne d'information sur les polices anti-séisme et d'encourager les compagnies d'assurance locales à fournir des informations de meilleure qualité sur leurs produits. L'étape suivante consistera à répartir les risques entre les assureurs locaux et à les faire supporter par des sociétés de réassurance étrangères.
Le gouvernement a d'ores et déjà adopté le principe selon lequel tous les nouveaux contrats d'assurance contre le risque d'incendie concernant les habitations devront automatiquement comporter un volet anti-séisme. Un autre projet à l'étude propose de faire de la souscription d'une police anti-séisme une condition sine qua non à l'obtention d'un prêt destiné au financement de tout achat immobilier. Nombre d'observateurs estiment cependant que le gouvernement serait bien inspiré d'éviter les bricolages et de concevoir un grand plan général d'assurance du risque de séisme. A cette fin, il serait utile de consulter les représentants du secteur des assurances, à Taïwan mais aussi à l'étranger – par exemple au Japon, qui possède de considérables bases de données à ce sujet.
A ces considérations s'ajoutent, dans la région la plus durement touchée, des problèmes topographiques. L'épicentre du temblement de terre est situé dans une des régions agricoles les plus productives. La commission d'Etat à l'Agriculture estime les pertes imputables à la catastrophe, dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage, du bois et de l'aquaculture, à 2,36 milliards de TWD (73,8 millions d'USD). Les cultures dévastées représentent à elles seules plus de la moitié des pertes, soit 1,48 milliard de TWD (46,2 millions d'USD). La commission distribuera aux sinistrés un total de 1 milliard de TWD (31,2 millions d'USD) dans le cadre d'un plan de compensation concernant les terres et les équipements endommagés, et 5 autres milliards de TWD (156,2 millions d'USD) sous la forme de prêts à intérêts modérés.
Les chiffres publiés par l'Institut national de formation pour les associations agricoles montrent que trente-six caisses de crédit agricole disséminées entre les hsien (districts) de Miaoli, Taichung et Nantou ont fait état de 8,45 milliards de TWD (264 millions d'USD) de pertes collatérales, tandis que le coût total des dommages infligés aux bâtiments et aux équipements s'élevait à 1,74 milliard de TWD (54,4 millions d'USD). A moins que le gouvernement ne leur tende une main salvatrice, la banqueroute est donc à peu près certaine pour les petites caisses de crédit locales. Jusqu'ici, aucun accord n'a été trouvé sur la forme que pourrait revêtir l'aide gouvernementale. Les caisses de crédit souhaitent pour leur part que le gouvernement débourse 60 milliards de TWD (1,88 milliard d'USD) pour absorber les pertes collatérales. Toutefois, pour l'instant, seuls 10 milliards de TWD (312,5 millions d'USD) ont été débloqués par la Banque centrale pour financer les nouveaux emprunts.
Par contraste, le marché boursier s'est rétabli assez rapidement. Les transactions ont repris le 27 septembre, après une pause de cinq jours due aux coupures de courant occasionnées par le séisme. Pour stabiliser le marché et calmer les mouvements de panique, le ministère des Finances a changé la fenêtre quotidienne de fluctuation des cours : sur la période allant du 27 septembre au 8 octobre, la chute maximum autorisée pour une action donnée a été fixée à 3,5% contre 7% en temps normal. La limite haute est restée inchangée à 7%. Le jour où la Bourse a repris ses séances, le TAIEX a plongé de 212,21 points (-2,7%), tombant à 7 759,93 points – son niveau le plus bas depuis le 24 février 1996, date des grandes manœuvres militaires conduites au large de Taïwan par l'Armée populaire de libération.
Cette chute n'était pas une surprise, compte tenu des événements. Ce qui a surpris les experts en revanche, c'est la rapidité avec laquelle le marché boursier s'est rétabli après la suppression des restrictions : l'indice boursier a alors réussi à prendre 54,13 points le premier jour, grâce aux performances des sociétés électroniques. Si le marché boursier s'est mieux comporté que prévu, le volume des transactions a toutefois sensiblement diminué. « Comme les investisseurs ont décidé de garder prudence, les mouvements restent modérés », dit Yuan Wen-lung, gestionnaire de portefeuille chez Jardine Fleming Taiwan Securities. « Mais les investisseurs étrangers comptent toujours les grands fabricants locaux de circuits intégrés, tels Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. et United Microelectronics Corp., parmi les premières cibles pour de plus amples investissements. Et comme le marché boursier local est dominé par les sociétés électroniques et immobilières, les prévisions sont bonnes sur le moyen et le long terme. »
Pour l'économiste Hu Sheng-cheng, les dommages économiques les plus importants ne sont pas dûs au tremblement de terre lui-même mais aux coupures de courant et au rationnement en électricité qui ont perturbé la production industrielle et l'activité économique. L'irrégularité de l'alimentation en électricité a eu des effets négatifs sur l'ensemble du secteur manufacturier, en particulier dans les industries de l'électronique et des machines de précision, dont les chaînes de production fonctionnant 24 heures sur 24 sont particulièrement sensibles aux pannes de courant.
La violence des secousses telluriques ayant endommagé environ deux cents pylones électriques dans le centre de Taïwan, l'une des principales voies nord-sud d'acheminement de l'énergie a été rompue et Taipower a dû imposer un rationnement aux habitations, aux commerces et aux bureaux dans nombre de villes du nord de Taïwan. Le retour à la normale a pris environ deux semaines dans les zones industrielles du Nord et dix-huit jours pour le secteur non-industriel.
La China Development Industrial Bank estime que les pertes financières totales imputables aux coupures de courant subies par les industriels dépasseront 10 milliards de TWD (312,5 millions d'USD) et que les destructions entraîneront un recul du produit intérieur brut de 1,2 à 4%. Le secteur le plus lourdement affecté devrait être celui de la manufacture, et on s'attend que certains industriels délocalisent au moins une partie de leurs activités à l'étranger, en Chine continentale ou dans d'autres régions du monde où les risques de séisme sont moins prononcés. Les conséquences devraient cependant être relativement mineures pour les fabricants de plaquettes de silicium, en particulier en raison de leur compétitivité sur le marché international.
Le financier Yuan Wen-lung observe que le plus grave préjudice subi par le secteur électronique à la suite du cataclysme est le résultat d'une baisse du chiffre d'affaires en septembre, accompagnée d'un retard des livraisons. « A long terme, les perspectives sont encore souriantes pour l'industrie électronique taïwanaise, et elle est populaire auprès des investisseurs étrangers, dit-il. Grâce à son fort avantage compétitif, notamment dans le domaine des plaquettes de silicium, les fabricants électroniques peuvent espérer voir leurs carnets de commandes se remplir plus ou moins sans problème. » Autres raisons de rester optimiste, selon l'expert de Jardine Fleming, l'appréciation du yen, qui a pour effet un report de certaines commandes sur Taïwan, et l'augmentation de la demande mondiale en produits informatiques, estimée à entre 15 et 20% l'année prochaine.
Wang Kung, l'ancien directeur administratif du Parc industriel et scientifique de Hsinchu, explique que dans le parc, les plus grosses pertes ont résulté de la baisse de la productivité occasionnée par les coupures de courant. Les usines elles-mêmes, leur lignes de fabrication et leurs réseaux d'acheminement de l'eau et de l'électricité sont pratiquement intacts. « Comme le courant a très vite été rétabli, les usines installées dans le parc ont pu reprendre leurs activités à la première occasion, dit M. Wang. Leur efficacité et leur compétitivité, jointes à leur capacité à s'adapter rapidement aux changements, font qu'elles ont pu reprendre le cours normal de leurs activités bien plus vite que prévu. » Le parc industriel, qui joue un rôle vital dans l'économie taïwanaise, a été exempté de rationnement et son alimentation en électricité a été complètement rétablie le 25 septembre, soit quatre jours seulement après la catastrophe.
L'électronique taïwanaise est suffisamment compétitive pour résister au choc, mais d'autres sont moins chanceuses : les pertes pourraient dépasser 10 milliards d'USD dans le secteur manufacturier.
Afin d'éviter que les perturbations de ce genre ne se reproduisent, l'administration de la technopole encourage les industriels à se doter de générateurs. En 1997, un groupe de sociétés avait déjà investi 4,5 milliards de TWD (140,6 millions d'USD) dans la construction d'une centrale qui fonctionne depuis le mois de juin dernier et qui peut produire 100 000 kilowatts. M. Wang espère que cette capacité de production passera à 1 million de kilowatts d'ici deux ans.
Le retour à une situation relativement normale sur le front de l'énergie est cependant trompeur, parce que d'innombrables faiblesses structurelles demeurent. Au cours des trois années qui viennent de s'écouler, les projets de construction de nouvelles lignes à haute tension ont rencontré une forte opposition de la part des autorités locales et des résidents des sites concernés. Aussi lorsque le président Lee Teng-hui a pris un décret d'urgence pour faciliter la reconstruction, certains espéraient qu'il saisirait cette occasion pour remettre ces adeptes du « pas-de-ça-chez-moi » à leur place. « Il faut que le gouvernement utilise ses droits au mieux durant les six mois de vie du décret d'urgence pour accélérer les projets de construction nouveaux ou en cours, dit ainsi M. Hu. Il devrait également procéder à un examen complet des projets d'infrastructure et adapter sa politique aux besoins pour résoudre les problèmes révélés par le séisme. » Mais le décret d'urgence a suscité un débat constitutionnel, ses détracteurs arguant que d'utiliser ces pouvoirs spéciaux pour imposer la construction d'une autre centrale nucléaire, par exemple, pouvait être considéré comme un abus de pouvoir. Le Cabinet a finalement rejeté l'idée d'avoir recours au décret dans le cas précis du projet de centrale nucléaire, mais le domaine d'application du texte reste encore assez flou. Un des effets du décret, en revanche, pourrait être d'augmenter le poids des producteurs d'énergie privés. Actuellement au nombre de douze, ils n'ont pour l'instant le droit de vendre leur surplus d'électricité qu'à Taipower. Le Cabinet envisage de leur permettre de proposer leur production à certains clients industriels sélectionnés, dans le cadre d'une stratégie d'ensemble visant à améliorer la distribution de l'énergie.
Qui va payer pour tout cela, et comment les fonds seront-ils réunis ? Le gouvernement prévoit d'affecter entre 100 et 120 milliards de TWD (entre 3,1 et 3,8 milliards d'USD) à l'aide aux sinistrés et à la reconstruction. Ces fonds proviendraient pour 80 milliards de bons du Trésor, pour 18 milliards de la réserve budgétaire du Cabinet, et pour 40 milliards environ d'économies budgétaires. Certains, dont Hu Sheng-cheng de l'Academia Sinica, craignent toutefois que cela ne suffise pas, et que le secteur industriel fasse les frais d'une contribution fiscale additionnelle. Mais tant que la facture n'est pas complète, tout cela n'est que spéculation.
Le Cabinet a décidé de réviser à la baisse, voire de reporter, certains projets de travaux publics initialement planifiés pour l'année fiscale en cours. Les 100 milliards de TWD (3,1 milliards d'USD) ainsi économisés pourront être affectés à la reconstruction. Le gouvernement envisage également d'organiser une loterie pour réunir des fonds supplémentaires. Par ailleurs, le ministère des Finances propose d'élever le plafond de la dette publique à 50% du produit intérieur brut (contre 48% actuellement), ce qui donnerait la possibilité au Cabinet de réunir plus de capitaux si nécessaire.
La situation aurait pu être pire : c'est ce qui ressort du discours des économistes et des experts financiers. L'épicentre du séisme était situé dans une région montagneuse fortement dépendante de l'agriculture et du tourisme, et le spectre de la tragédie planera longtemps sur la région. Aujourd'hui encore, les champs sont dévastés et seuls les touristes les plus insensibles se rendraient dans une région sinistrée avant que les hôtels et les routes ne soient reconstruits. Cela dit les effets du cataclysme sont restés localisés.
Quoi qu'il en soit, il ne manque pas ces jours-ci d'analyses économiques, de projections et de prédictions en tout genre. La commission d'Etat de la Planification et du Développement économiques, la direction générale du Budget, de la Comptabilité nationale et des Statistiques, l'Institut de recherche économique de Taïwan et la China Industrial Development Bank sont unanimes sur les points suivants :
- les destructions structurelles et les pertes de production industrielle causées par le tremblement de terre devraient coûter à Taïwan 0,2 points de croissance économique, ramenant le taux de croissance entre 5,4 et 5,5% ;
- les dépenses nécessaires à la restauration des infrastructures ne devraient pas poser de problèmes financiers majeurs au gouvernement, dans la mesure où la dette extérieure de Taïwan est très faible et ses réserves en devises très élevées. Les dernières statistiques émises par la Banque centrale font état à la fin septembre d'un total de 101,6 milliards d'USD en réserves de devises, ce qui place Taïwan à cet égard en troisième position derrière la Chine continentale et le Japon ;
- le soutien actif du gouvernement aux travaux de reconstruction permettra de faire face aux dommages économiques, tout en préparant la croissance à moyen et long terme.
Bref, il faudrait plus qu'un tremblement de terre pour ruiner une économie aussi robuste que celle de Taïwan. Un petit rayon d'espoir donc, sur un horizon par ailleurs bien sombre.