13/06/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

Des belles soieries au bikini rose

01/09/1988
Le plateau de la cérémonie d'ouverture. Les jeunes beautés internationales se présentant dans leur costume national.

Le printemps de cette année a rassemblé à Taiwan des beautés de tous les cieux de la planète. Jamais depuis 23 ans, cela ne s'était produit. Des millions de téléspectateurs de toute l'île ont à la fois eu la surprise et la joie de voir apparaître sur le petit écran des beautés nationales et internationales vêtues de la robe traditionnelle chinoise, le tchi-pao, ou d'un maillot de bain lors des différentes présentations des concours de beauté qui se sont déroulés à Taiwan. Des parades riches en couleur et en lumière ont illuminés les ondes printanières de de Chine.

Pour les uns, ce fut un choc de voir la fille des voisins exposer soudainement tant de nu et un « attentat aux mœurs publiques ». Pour les autres, ces concours de beauté à Taiwan furent certes la reprise d'événements depuis longtemps périmés, mais assurément un symbole supplémentaire de l'internationalisation grandissante de toutes les couches la société. Ils avaient été supprimés pour mieux de consacrer à des tâches plus urgentes et plus sérieuses.

Une manifestation colorée du concours de beauté, Miss Univers 1988, devant l'Auditorium national Tchang Kaï-chek.

Cette reprise des concours de beauté dans le pays manifeste clairement la volonté du gouvernement et de la population de participer aussi aux activités de grand show. C'est sans doute également une perception fondamentale du soi.

Une telle mutation est déjà évidente dans le monde de la haute mode, par exemple, où le dernier cri n'est plus considéré comme une simple ligne de production qui peut rapporter beaucoup de devises étrangères sur les marché étrangers. L'homme de la rue de Taipei, de Tainan ou de Kaochiong désire aussi pour lui ces mêmes sélections de mode d'autant plus qu'il a aujourd'hui des moyens suffisants pour s'en offrir, soit de fabrication locale, soit d'importation de Paris, Tokyo ou New York.

Mais acheter des vêtements et de objets de toilette à la mode n'est qu'un premier pas. Comment doit-il les porter? Quelles sont les formules indiquées qui notent un certain goût? Ces « tempêtes » de beautés qui furent en ces mois printaniers candidates aux concours internationaux annuels ont apporté quelques solutions à ces nouveaux problèmes de perception de l'esthétique féminine.

Miss Univers 1988 et sa cour asiatique. Miss Thaïlande (Mlle Porntip Nakhirunkanok) qui a été couronnée cette année à Taipei et les quatre suivantes sont toutes d'origine asiatique. Le modèle orientale marquerait-il une préférence?

 

Mais ce n'est pas nouveau. Apprécier la beauté féminine a une longue histoire en Chine et la série de concours de beauté fut dominée par le concours international de Miss Univers qui en fut la toute dernière manifestation le 24 mai dernier.

Comme les habitants de Taiwan regardaient sur le plateau les candidates au sceptre de Miss Univers, ainsi que pendant les activités préparatoires dans l'île, ils n'ont pas pu s'empêcher de ressentir un subtil élan, voire un combat, culturel. En effet, les candidates chinoises étaient simplement vêtues d'un maillot de bain lors d'une présentation tout à fait exotique dont les règlements sont complètement étrangers à leur culture.

Mais les candidates étrangères ont aussi connu quelque appréhension, notamment quand, vêtues du tchi-pao, elles essayaient d'apparaître simples sur les affiches de publicité. En effet, la robe chinoise, fort séante, n'a pas la coupe qui sait flatter les silhouettes et les natures osseuses des Non-Orientales. Et quand on demanda aux candidates occidentales de signer leur nom avec un pinceau (à écrire) chinois au lieu d'un stylo, cela a provoqué quelque confusion.

 

 

Les candidates au titre de Miss Chine 1960. Un événement qui a cinglé la tradition conservatrice et une expérience riche avec les tendances occidentales.

Il est probable qu'aucune présentation du concours de Miss Univers n'a exprimé de plus grand symbole que la cérémonie d'ouverture, quand les candidates portèrent leur costume national. Derrière elles, en arrière-plan se dressait une gigantesque calligraphie de l'Ode à la déesse de la rivière Louo, ou Louo-chen Pin [洛神賦], du grand poète Tsao Tcheu [曹植] (192-232). Ce classique des plus connus est dédié à la beauté féminine. Les vers de Tsao Tcheu posent de pertinentes questions au grand public des concours de beauté : les normes universelles de beauté existent-elles? A quel type de beauté, la femme chinoise d'aujourd'hui peut-elle s'identifier?

Toutes sortes de bons arguments peuvent s'énoncer pour divers genres de beauté, féminine ou autre. Si l'on parle, par exemple, de la richesse des couleurs, des formes ou des parfums, qui peut dire qu'une rose est plus mignonne qu'un chrysanthème ou une orchidée? Tel, il en est des êtres humains. Chaque race, chaque peuple a des traits biologiques différents et des cultures distinctes et développe un type spécifique de beauté. Des cheveux blonds bouclés sont-ils plus beaux que des cheveux noirs crépus ou roux ondulés? Comment peut-on vraiment les comparer.

 

A droite, Miss Chine (Mlle Liu Shiu-man) a obtenu la troisième place au concours de Miss Univers 1962.

 

Les Chinois, comme les autres peuples et civilisations du monde, ont développé leurs propres concepts de la beauté au fil des siècles. Malgré les périodes de mélanges raciaux, ces perceptions ont évolué conformément aux caractéristiques générales des traits mongoloïdes. Ces aspects très souvent décrits dans l'anthropologie ordinaire comprennent notamment la chevelure noire, raide et relativement plus épaise; la peau jaunâtre ou brunâtre; les yeux noirs ou brun foncé en forme d'amande, assez espacés l'un de l'autre et quelque peu bridés; l'arête nasale plus basse et aplatie; le visage plat avec les pommettes saillantes; le système pileux peu développé; les membres courts; et une taille moyenne d'environ 1, de haut.

Mais ces mensurations objectives sont énumérés par les passionnés de distinctions qualitatives dans le domaine de l'esthétique féminine sur foi de siècles d'analyses et d'évaluations. Pendant des générations, les hommes de lettres et artistes chinois ont immortalisé l'image idéale de la beauté féminine. Il n'est donc pas surprenant que celle-ci ait varié au cours des âges tout comme les concepts de l'esthétique féminine en Europe qui ont connu tant de modifications et même des bouleversements radicaux.

Mme Liu Shiu-man, aujourd'hui, précise que confiance en soi, santé modestie et grâce sont essentielles pour les jeunes beautés chinoises modernes.

 

La plus ancienne description d'une beauté féminine se trouve probablement dans le Livre des Odes, ou Cheu King [詩經], un grand classique chinois, recueil de poèmes choisis par Confucius, dont certains datent du XXe siècle avant J.-C. On trouve notamment un de ces poèmes mémorables décrivant une jeune femme. Tchouang Kiang [莊姜], l'auteur, y étale les nombreuses comparaisons qui en dépeignent les traits physiques selon l'ancienne perception de la beauté féminine.

Les Européens pourront trouver difficile d'embrasser un cou ressemblant à un ver luisant, mais une telle méprise relève d'une ignorance culturelle. Si familière avec la flore, la faune et les mousses de antique, cette image délicate se répète dans de nombreux ouvrages de poésie, tandis que les sourcils en forme de phalène s'altéreront pour devenir plus raffinés.

Song Yu [宋玉], poète de la période dite des Royaumes combattants (403-256 av. J.-C.), fait le portrait d'une beauté avec une telle perfection que « si elle avait un pouce de plus, elle serait trop grande, et si elle en avait un de moins, elle serait trop petite. Son teint rayonne comme la neige qu'une poudre rendrait trop blanc et un fard trop rose. Ses sourcils sont comme des feuilles vertes, ses poignets doux comme de l'ouate et ses dents brillantes comme de la nacre ». Ici, l'image est d'une compréhension plus universelle, excepté peut-être les sourcils.

 

 

Sous les Tang, l'embonpoint était une préférence pour l'esthétique féminine. (Céramique du VIIe siècle.)

M. Tung Meng-mei [董夢梅] (lire Tong Mong-mei), un artiste contemporain spécialiste de thèmes féminins et bouddhiques, dépeint tout aussi bien des sujets abstraits et concrets de beautés traditionnelles chinoises. « D'après la médecine chinoise, dit M. Tung Meng-mei, une femme devient adolescente à l'âge de 14 ans. Mais elle n'exhibe pas ses charmes avant 16 ans, comme l'indique l'expression chinoise, Eul pa kia jen [二八佳人] (deux fois huit ans font une beauté) qui se rapproche assez du sweet sixteen de l'Amérique. D'une manière générale, une femme entre 16 et 20 ans est en plein épanouissement. »

L'esthétique traditionnelle veut que cinq, six têtes ou six et demie donne la taille idéale d'une femme proportionnellement bien faite. Mais la description de la forme qui se trouve entre le vertex et la pointe des orteils a beaucoup varié au cours des siècles. Si parfois la femme rondelette a eu la préférence, en d'autres temps, la femme svelte a provoqué de grandes réactions des hommes.

Tchao Feï-yen [趙飛燕] était si mince et délicate que la légende la rendit capable de « danser sur la paume de la main », une telle légèreté qui attira vite le regard de l'empereur Tcheng-ti (règne 33-7 av. J.-C.), de la dynastie de Han, et elle devint une grande favorite. Par contre, Yang Yu-houan [楊玉環] (719-756), plutôt rondelette, devint une favorite de l'empereur Hiuan-tsong (règne 712-756), de la dynastie de Tang. Elle représentait une esthétique qui honorait alors une forme physique plus forte que l'on pourrait comparer à l'abondance et la prospérité de la dynastie.

Sur un rouleau de peinture de Tcheou Fang, de la dynastie de Tang (618-907), les sourcils en forme de phalène sont assez descriptifs.

Les souverains de Tang étaient des descendants de forts et saines tribus du nord de avec le temps, les nombreux mariages interraciaux en ont fondu les traits dans la race Han (chinoise). Les personnages dépeints sur bois et céramique sont distinctifs par leurs compositions lourdes, les décolletés plongeants et l'embonpoint général.

L'expression courante la mince Yen et la grosse Houan [燕瘦環肥] (lire Yenn soô Houann feï), diminutifs respectifs de Tchao Feï-yen et de Yang Yu-houan, a longtemps désigné la femme séduisante sous bien des formes.

Tout comme la carrure musclée de l'homme fait l'objet de l'admiration féminine, les épaules étroites et tombantes traduisent la délicatesse des femmes. Bien avant que l'haltérophilie, le culturisme et les séances d'aérobic de Jane Fonda ne deviennent les activités macho de la femme, la notion de « délicatesse » prédominait et dépassait largement celle de « fragilité ». Elle supposait les manières réservées et douces que la tradition jugeait attrayantes et opportunes. Les hommes faisaient grand cas de la mince et flexible taille de saule des femmes. Cependant, de même que l'Occident moderne accorde une importance souvent exagérée au développement de la carrure féminime, ancienne a, elle aussi, connu des extrêmes. Selon une légende, le roi de Wou sous les Royaumes combattants (403-256 av. J.-C.) affectionnait les tailles menues, de sorte que de nombreuses femmes de son palais s'astreignaient à des régimes alimentaires si stricts que certaines d'entre elles mouraient littéralement de faim.

Sous la dynastie mandchoue, la favorite Hiang-fei tente de concilier la beauté féminine avec les allures martiales.

 

Les peintres chinois ont aimé peindre les femmes d'un visage en œuf d'oie ou en graine de pastèque. Les sourcils eux, ces phalènes omniprésentes, étaient considérés comme un signe révélateur de la personnalité. Toute comparaison avec les insectes mise à part, les formes en feuille de saule étaient également prisées. Quant aux yeux, une autre composante du visage en œuf d'oie, ils offrent un contraste des formes de beauté à travers le monde. Tandis que les Occidentaux ont tendance à attribuer sans distinction aux Chinois les yeux de phénix étroits et bridés vers le haut, on en trouve en fait peu d'exemples chez les Chinois. Cela se vérifie aisément à tous les coins de rue de Taipei... Selon M. Tung Meng-mei, les yeux de phénix ont toujours constitué des cas rares et c'est pour cette raison qu'ils sont si appréciés des peintres et des esthètes en général.

Le nez idéal de la femme du monde en Chine doit avoir la forme d'une vésicule suspendue — oui, une vésicule biliaire! — avec le bout arrondi. C'est un critère extrêmement éloigné de ceux du nez occidental décrit par les Chinois. Ce langage imagé conviendrait certes mieux aux étudiants en médecine. Cependant, si les Européennes ont « le cœur sur la main », pourquoi les Chinoises ne prétenderaient-ils pas avoir « une vésicule à leur visage »?

Les femmes chinoises ont, à travers les siècles, cherché à maquiller leur bouche en petite cerise. L'illusion était mieux rendue en souriant sans devoir desserrer les lèvres, un peu à la façon du subtil sourire de qui ont vu Le dernier empereur ont certainement aperçu les exemples de ce maquillage, notamment dans la scène où Pou-yi observe les photographies de possibles épouses.

Toutes ces comparaisons d'ordre physique notent le degré de développement économique. Lorsque la peau est comparée à de la gelée blanche, fine et légèrement transparente, l'ère de la préréfrigération de la cuisine chinoise s'annonce manifestement.

La toilette traditionnelle de la femme chinoise met en valeur une forme de beauté combinant le repos et la mobilité. Les épingles à cheveux en sont un bon exemple. Tandis que la femme élégante doit rester calme, réservée et se garder de toute émotion excessive, les fragiles,épingles dont elle se pare ajoutent une note vivante dans son maintien modeste. Les longues et sinueuses manches ondoyantes de ses robes, son châle subtilement ajusté et le tintement des pendants de jade suspendus à sa ceinture produisent des effets similaires.

La coutume des pieds bandés devait rendre la démarche féminine oscillante et glissante. L'origine de cette pratique, notoirement inhumaine, remonte aux alentours de la période des Cinq Dynasties (907-960). Les pieds bandés et déformés amplifiaient les hanches et la poitrine de la femme quand elle se levait péniblement et quand elle marchait. Un bandage des pieds convenablement prescrit commençait à l'âge de huit ans et témoignait d'une bonne discipline familiale. Les pieds de lotus sont devenus en Chine un symbole hautement érotique pendant des générations.

Des honneurs plus durables et moins douloureux ont été rendus à l'expression réservée et contenue des visages timides et des sourires modestes qui sont, comme le souligne M. Tung Meng-mei, des thèmes constants de la peinture chinoise. Le sujet habituel se compose, par exemple, d'un adorable visage de femme qui s'harmonise à la lune voilée par un nuage ou une fleur en bouton. Des images analogues sont également présentes dans la poésie. Le grand poète Paï Kiu-yi [白居易], de la dynastie de Tang, décrit notamment une artiste qui, sous les appels répétés du public subjugué, réapparaît finalement, le visage en partie dissimulé derrière un pi-pa qu'elle tient dans ses doigts gracieux et délicats.

Il va de soi qu'au delà des critères physiques, beaucoup d'autres sont essentiels. M. Tung Meng-mei note qu'une femme n'est séduisante que si elle possède une grâce interne, de sorte que la compagne idéale d'un homme du monde réunit les charmes physiques à la vertu. Les charmes traditionnels de la femme chinoise se manifestent à travers les arts, comme la musique, les échecs, la calligraphie et la peinture. Davantage pourrait être dit de ces acquisitions puisqu'autrefois et encore de nos jours, les attraits physiques seuls sont loin de suffire à une définition complète de la beauté.

De nos jours, les Chinois de Taiwan, les hommes comme les femmes, sont parfaitement conscients de cet héritage esthétique, mais traversent une période de redéfinition. Des événements, comme le rétablissement des concours de beauté, conduisent à cette remise en question, déjà en cours à cause de la télévision, de la publicité et de la presse illustrée étrangère qui inondent l'île de Taiwan. Comment la maison Guerlain peut-elle bien se conformer avec les exigences du Livre des Odes?

Si M. Tung Meng-mei a bien peint la femme traditionnelle, il préfère personnellement la femme plus grande et d'une santé plus rayonnante. Il dénigre les maquillages épais de l'époque des Tang et les grimages audacieux de nos jours, en rappelant que l'allure naturelle exprime mieux la personnalité. Mais pour ne pas paraître trop libéral, il ajoute bien vite : « La grâce interne est certainement ce qu'il y a de plus séduisant et de plus durable chez la femme ».

Ces figurines de servantes du Palais sous les Song notent la nette préférence pour les femmes sveltes et délicates.

Mme Liu Shiu-man [劉秀嫚] (lire Liô Chyô-mann) fut la reine de l'avant-dernier concours de beauté local, il y a plus de vingt ans, en devenant Miss Chine en 1962 et se plaçant quatrième au concours de Miss Univers de cette même année à Miami (Etats-Unis). Elle est heureuse de voir la reprise de ces concours en République de Chine, mais ne pense pas que Miss Chine puisse être la plus belle d'entre les plus belles. En effet, on y choisit simplement celle qui a obtenu le plus grand nombre de points parmi les concurrentes. Celle-ci participe ensuite à une manifestation internationale qui retient une attention des media plus soutenue que lors des Jeux olympiques.

Mme Liu Shiu-man a sa propre conception de la beauté. Comparées aux Occidentales, les Chinoises ont l'avantage de paraître plus tendres, plus douces, plus gentilles et physiquement plus fines. Une beauté chinoise moderne doit incarner l'assurance, la santé, la tolérance et l'amabilité, qualités qui reflètent son âme et sa culture.

La renommée qu'apporte le couronnement d'une reine de beauté n'a guère influencé Mme Liu Shiu-man, sinon la joie de cette expérience. Cette dernière n'a en effet exercé aucune pression sur sa vie. Aujourd'hui, mère de deux enfants et active femme d'affaires, elle révèle que les concours lui ont donné la chance de découvrir le monde, de se comparer aux autres et de devenir plus humble et tolérante en rencontrant des gens qui lui étaient supérieurs.

Cette statuette féminine des Song est un modèle des sourcils « en feuille de saule ».

Mme Shen Shueh-yung [申學庸] (lire Chenn Chyué-yong), professeur de musique depuis plusieurs années, fut membre du jury du concours Miss Chine de cette année. Elle avait notamment chaperonné la représentante de République de Chine au concours de Miss Monde 1961. Elle estime que les concours de beauté sont une manifestation évidente d'une société libre et pluraliste, il faudrait éviter les tracas et l'effervescence excessive.

Cette année, Mme Shen Shueh-yung a attaché davantage d'importance au maintien, au tempérament, à la volubilité et à l'esprit des candidates. Puisque la gagnante doit concourir avec des Occidentales, il lui faut prendre en considération la taille et les proportions.

« La beauté n'existe que dans les yeux de l'observateur », affirme M. Tad Tadlock, chorégraphe pour le concours de Miss Univers 1988 qui fait de fréquents séjours à Taiwan. La conception de l'esthétique féminine varie considérablement suivant les régions du monde où chacun a un idéal de beauté différent. Il y a tant de façons d'être belle qu'un concours ne peut être que subjectif.

Les critères asiatiques de beauté prennent racines en Occident. Les beautés occidentales d'aujourd'hui ont la chevelure abondante, la silhouette mince, le maintien plus naturel et le maquillage plus subtil. Cela concorde assez bien avec la beauté asiatique qui n'est pas seulement extérieure mais aussi intérieure, celle qui reflète le calme intérieur. C'est pour cette raison que les beautés chinoises, thaïlandaises et japonaises sont de plus en plus prisées en Occident, explique M. Tad Tadlock.

Il existe cependant des critères universels pour l'esthétique féminine, selon l'avis de Mme Rosemary Raven, journaliste britannique venue observer pendant deux années et demie la société chinoise de République de Chine. En effet, il y a des normes universelles de beauté, explique-t-elle, qui dépassent les modes ethniques et passagères et qui se fondent sur les proportions. Tout dessinateur de figures humaines sait que le corps humain a des proportions préétablies. Sept têtes superposées donnent la taille entière; la main couvre le visage; la distance du bout du nez au sommet du front est égale à celle qui va du nez au menton, etc. Les grands yeux, la peau douce et saine semblent, de tous temps et en tous lieux, avoir fait l'objet de l'admiration universelle. La santé rayonnante et la belle assurance apportent leurs fidèles contributions aux beautés féminines et masculines.

Il y a également des différences. Selon Mme Rosemary Raven, en dépit de l'engouement actuel pour la minceur, qui va parfois jusqu'à l'émaciation, les beautés occidentales ont tendance à être plus sensuelles qu'en Extrême-Orient, tandis que les Asiatiques sont plus coquettes et plus délicates que les Occidentales. Mme Rosemary Raven ajoute que les peaux européennes ont une coloration plus vive, mais que les peaux asiatiques sont de texture plus fine et plus laiteuse. Elle s'empresse de faire remarquer que ses observations personnelles sont mises à controverse par ceux qui se basent sur d'autres critères. Toutefois, on note partout un désir commun d'aller au-delà de l'analyse purement physiologique de la beauté.

« La beauté est le reflet de l'amour ». Tel était le thème du concours Miss Chine de cette année, thème qui réunit effectivement les conceptions traditionnelles et modernes de la beauté. En dépit de la difficulté de définir la notion de beauté, cette phrase exprime une idée qui convient aussi bien à l'Orient qu'à l'Occident.

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