05/04/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

L’ amour sans frontières des ONG taiwanaises

25/04/2020
Des enfants de travailleurs migrants birmans posent tout sourire dans l’une des cinq écoles installées près de la frontière par Global Action.
Aimable crédit de Lin Chi-yang

L’initiative « Taiwan peut aider » fait progresser les efforts internationaux pour porter assistance aux déplacés de l’ouest de la Thaïlande.

Le camp de Mae La, dans l’ouest de la Thaïlande, abrite plus de 30 000 personnes déplacées ayant fui les conflits régionaux. Il s’agit principalement de membres de l’ethnie karen, une population ne parlant pas thaï. Le camp est composé de maisons en toits de chaume et de chemins boueux s’étendant sur 184 hectares qui représentent une oasis de tranquillité et un succès des initiatives humanitaires internationales.
 
Mae La est source de grande fierté pour Taiwan. Le pays joue en effet un rôle important en soutenant ce camp ainsi que huit autres également installés sur la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie.
 
Depuis l’établissement de ces communautés en 1984, TBC (The Border Consortium), une alliance de neuf organisations non gouvernementales (ONG) internationales, offre un toit et de la nourriture aux réfugiés. TBC reçoit des financements du monde entier mais Taiwan reste le seul donateur asiatique. « Notre pays a dans le passé été le bénéficiaire d’aides internationales et maintenant nous rendons la pareille », déclare Lai Ming-chi [賴銘琪], directeur général du Département des affaires internationales des ONG au ministère des Affaires étrangères.

Des camps de déplacés comme celui de Mae La ont commencé à se former à la frontière thaïlandaise en 1984. (Photo : Chin Hung-hao / MOFA)

Taiwan est un donateur régulier de TBC depuis 10 ans. Ses financements ont d’ailleurs atteint 880 000 dollars américains après la signature du sixième accord entre TBC et le Bureau économique et culturel de Taipei à Bangkok (Thaïlande) en octobre 2019. La cérémonie de signature, à laquelle a assisté Lai Ming-chi, était organisée à Mae Sot en conjonction avec des activités marquant le 35e anniversaire des communautés.
 
Lai Ming-chi et la délégation du ministère des Affaires étrangères ont profité de cette occasion pour échanger avec les autres partenaires de TBC tout en visitant Mae La, le plus grand des neuf camps. Ils ont également participé à des séminaires visant à améliorer les conditions de vie des résidents ainsi qu’à promouvoir la paix et la stabilité dans la région.

Prendre un bon départ

Selon le Bureau économique et culturel de Taipei à Bangkok, les donations de Taiwan servent principalement à financer les projets de TBC relatifs à l’alimentation et à l’éducation, et plus particulièrement pour l’achat de compléments alimentaires destinés aux enfants pendant leurs 1 000 premiers jours dans les camps. Le directeur du Bureau, Tung Chen-yuan [童振源], indique que ces produits permettent aux plus jeunes de rester en bonne santé et de reprendre le cours d’une vie normale le moment venu. « Ils évitent également la malnutrition qui freine les capacités d’apprentissage et mène à de mauvais résultats scolaires. »
 
La directrice exécutive de TBC, Sally Thomson, saisit la portée de l’approche sur mesure de Taiwan. « Elle assure aux enfants le meilleur départ possible dans la vie », reconnaît-elle, ajoutant que cela leur ouvre la voie pour devenir des membres à part entière de leurs communautés.

Une habitante du camp de Mae La camp vend des légumes sur le marché. (Photo : Chin Hung-hao / MOFA)

La contribution de Taiwan revêt une importance encore plus grande alors que TBC fait face à des problèmes sanitaires résultant de malnutritions chroniques. Bien que la proportion de personnes atteintes soit plus élevée que pour les populations n’ayant pas été déplacées, de nettes améliorations ont été enregistrées ces dernières années. Le rapport 2018 de TBC révèle que le pourcentage d’enfants de 6 à 59 mois en retard de croissance était de 40,8% en 2013, 35,1% en 2015, et 31,8% en 2017. TBC garde en ligne de mire le taux de 20%, considéré comme acceptable par l’Organisation mondiale de la santé.

Une présence grandissante

Tung Chen-yuan explique que tout en soutenant les résidents des camps via TBC, Taiwan renforce en outre sa présence dans d’autres parties de l’ouest de la Thaïlande avec la clinique Mae Tao, un autre partenaire dont le travail est internationalement reconnu. Installé à Mae Sot 30 ans plus tôt, l’établissement fournit des services médicaux gratuits aux populations à risque de travailleurs migrants en provenance de Birmanie. En 2002, sa fondatrice Cynthia Maung a reçu le prix Ramon Magsaysay pour son leadership communautaire. Elle a également été récompensée cinq ans plus tard par le Prix pour la démocratie et les droits de l’homme en Asie de la Fondation taiwanaise pour la démocratie, une ONG basée à Taipei.

Des cours de couture et de réparation automobile sont organisés pour les jeunes hommes et femmes du camp de Mae La. (Photo : Chin Hung-hao / MOFA)

La clinique a commencé à recevoir des fonds de la part du Bureau économique et culturel de Taipei à Bangkok en 2008, pour un total de 300 000 dollars américains en date d’avril 2019. Le dernier financement en date a permis de construire des espaces de bureau et de renouveler le matériel. « Ce soutien est sans aucun doute la meilleure chose à faire car la santé est un droit humain fondamental », précise Tung Chen-yuan.
 
Les ONG taiwanaises comme Global Action s’intéressent de près au sort des populations déplacées et des travailleurs migrants présents dans l’ouest de la Thaïlande. Le secrétaire général de Global Action, Sam Lai [賴樹盛], a indiqué qu’après avoir vu ce qu’il en était sur le terrain, il ne pouvait plus rester sans rien faire. « C’est impossible de ne pas être touché par l’étendue des coopérations humaines et par le partage désintéressé face à la rareté des ressources. »

Concentrer son énergie

Sam Lai et les autres fondateurs de Global Action travaillent sans relâche afin de sensibiliser d’avantage le public taiwanais au sujet de cette situation difficile prenant place non loin de chez eux. Ils participent à des séminaires et prononcent des discours dont le succès résulte en une majorité de dons provenant chaque mois des particuliers. Environ la moitié des fonds est consacrée à un programme éducatif permettant à 700 enfants de travailleurs migrants birmans d’être scolarisés dans cinq écoles élémentaires de la région. Les autres engagements consistent à organiser des formations pour les enseignants et à soutenir la clinique Mae Tao.
 
Les voyages trimestriels de neuf jours organisés visant à se familiariser avec Mae Sot représentent les temps forts de l’année pour Global Action. Quarante-cinq pour cent des frais, à l’exception des billets d’avion, sont pris en charge pour les participants membres d’ONG, d’écoles ou d’entreprises sociales telles que Borderline Collective. Cofondée par la Taiwanaise Sylvia Lin [林良恕], l’organisation se charge d’engager des femmes afin de produire du textile artisanal aux couleurs vives et aux motifs locaux.

Les membres de l’équipe de Chi Mei Medical Service examinent les enfants birmans et leur expliquent les bonnes pratiques en matière d’hygiène. (Aimable crédit de Chi Mei Medical Service)

Chi Mei Medical Service est une autre ONG taiwanaise dont les actions ont un impact positif dans l’ouest de la Thaïlande. Elle coopère par exemple depuis 2010 avec l’hôpital chrétien de la rivière Kwai, dans la province de Kanchanaburi. Soutenue par le centre médical Chi Mei de la ville de Tainan, dans le sud de Taiwan, l’organisation envoie deux fois par an des médecins, des infirmières et des pharmaciens volontaires à l’hôpital thaïlandais afin qu’ils participent à des visites dans des villages. De nombreux patients sont traités directement sur place et les cas compliqués sont redirigés vers l’hôpital chrétien de la rivière Kwai afin d’y effectuer un diagnostic et des traitements plus approfondis.

Des bénéfices réels

Le Dr Kao Yuan [高元], qui a pris part au volontariat organisé dans la province du Kanchanaburi en novembre dernier, estime que porter assistance aux personnes dans le besoin est extrêmement gratifiant professionnellement. « Mais ma récompense personnelle vient du personnel de santé avec qui je travaille en première ligne, explique-t-il. Un simple sourire et un signe de la tête pour exprimer leur reconnaissance suffisent à me donner envie de revenir. »

L’aide apportée par les ONG taiwanaises offre des perspectives d’avenir aux déplacés birmans. (Aimable crédit de Global Action)

La fondation Tzu Chi de la Compassion bouddhiste suit de son côté depuis longtemps le crédo « Taiwan peut aider ». Basée dans le district de Hualien, dans l’est de Taiwan, cette ONG d’envergure internationale envisage actuellement de proposer des services médicaux gratuits dans l’ouest de la Thaïlande après que ses représentants ont pris part aux voyages d’enquête organisés à Mae Sot par le ministère des Affaires étrangères ces deux dernières années. Depuis 2015, l’antenne de Tzu Chi à Bangkok a porté assistance à environ 5 000 personnes déplacées venues de 39 pays et territoires.
 
Pour Lai Ming-chi, l’engagement des ONG taiwanaises à l’ouest de la Thaïlande est un élément essentiel illustrant la volonté du pays et de ses 23 millions d’habitants de jouer un rôle plus central au sein de la communauté internationale. « Les problématiques humanitaires dépassent les frontières et les races, les religions et les ethnies, explique-t-il. Taiwan est préparé, apte à faire face aux problèmes urgents et tient à approfondir ses liens avec le reste du monde. »

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