« Taiwan peut aider » à mettre en place un réseau international de sécurité uniforme.
L’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), basée à Lyon, est la plus grande institution policière du monde. Forte de ses 194 Etats membres, elle assure leur coopération en matière de maintien de l’ordre public afin de rendre le monde plus sûr. Les agents de police de ces différents pays sont connectés via un système mondial sécurisé de communication entre les polices, connu sous le nom de I-24/7, qui autorise ses utilisateurs à partager des informations avec leurs homologues du monde entier, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
I-24/7 offre aux enquêteurs un accès en temps réel à des bases de données criminelles contenant des noms, des profils ADN, des empreintes digitales ainsi que des informations relatives à des documents volés ou perdus. Son contenu est seulement accessible aux membres d’Interpol, lesquels se retrouvent chaque année en assemblée générale afin de prendre conjointement les décisions qui s’imposent. La 89e session de l’assemblée générale devait avoir lieu aux Emirats arabes unis en décembre mais a été repoussée en raison de la pandémie de Covid-19.
Taiwan n’est pas membre de l’organisation et ne peut par conséquent pas participer à ses activités, ses dispositifs ou ses rencontres. Cette année, le Bureau d’enquête criminelle (CIB) de Taiwan, placé sous l’égide de l’agence nationale de Police, avait mobilisé ses soutiens internationaux afin de permettre au pays d’être autorisé à participer en tant qu’observateur à l’assemblée générale finalement repoussée. D’après les déclarations de Huang Ming-chao [黃明昭], commissaire général du bureau, le CIB avait également demandé à pouvoir bénéficier d’un accès direct au système I-24/7, dans le but d’aider le pays à lutter contre la criminalité transfrontalière.
Ces dernières années, les soutiens à la participation de Taiwan se sont multipliés. L’an dernier, onze de ses alliés diplomatiques ont envoyé des lettres au président d’Interpol, Kim Jong Yang, pour exprimer leur appui, alors que six ont plaidé la cause de Taiwan lors de l’assemblée générale. Ces voix ont été renforcées par les déclarations de soutien émanant de partenaires de même sensibilité comme l’Allemagne et les Etats-Unis.
Le commissaire général du Bureau d’enquête criminelle, Huang Ming-chao, inspecte un groupe de policiers. (Photo : Pang Chia-shan / MOFA)
Une décision politique
Depuis que la république populaire de Chine a rejoint Interpol en 1984 sous la condition que les représentants taïwanais en soient exclus, celle-ci a eu une influence grandissante sur l’agenda et les projets de l’organisation. En 2018, son secrétariat a demandé à Taiwan de passer par le Bureau national central d’Interpol à Pékin pour adresser ses demandes de participation, tout en rétrogradant le CIB de Taiwan au niveau d’une antenne locale. Pour Huang Ming-chao, de telles décisions ne tiennent pas compte du fait que Taiwan est un pays souverain occupant un territoire stratégique et qui apporte des contributions considérables à la lutte contre la criminalité transfrontalière.
« Nous sommes en constante communication avec nos alliés et nos partenaires qui ont clairement fait savoir à Interpol que le gouvernement démocratiquement élu de Taiwan a le droit de représenter son pays au sein des organisations internationales, affirme Huang Ming-chao. La politique ne devrait pas interférer avec le travail de la police, et le gouvernement lance un appel à Interpol pour qu’il trouve une nouvelle voie permettant d’intégrer Taiwan au réseau de sécurité mondiale aussi vite que possible. »
Selon Huang Ming-chao, l’un des principaux avantages de la coopération entre les différentes polices nationales est de pouvoir s’attaquer aux activités du crime organisé comme les trafics de drogue ou d’êtres humains. La nature transnationale de ces réseaux pose problème aux forces de l’ordre, avec des crimes commis dans de multiples juridictions et des fugitifs qui se déplacent d’un pays à l’autre.
En réponse à son exclusion d’Interpol, mais aussi de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, le CIB de Taiwan a décidé d’envoyer des agents de police à l’étranger avec pour mission de renforcer ses liens avec les forces de l’ordre locales. Treize pays et territoires sont concernés : l’Australie, l’Indonésie, le Japon, Macao, la Malaisie, les Pays-Bas, les Philippines, Singapour, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, la Thaïlande, les Etats-Unis et le Vietnam. Les policiers concernés ont la tâche de se coordonner avec les autorités policières locales pour travailler de façon bilatérale ou multilatérale.
Des partenariats internationaux
Huang Wen-chih [黃文志] était l’un de ces officiers de police. Il fut envoyé à Hô-Chi-Minh-Ville en 2008 en tant qu’agent de liaison policier pour le CIB de Taiwan, avant de revenir travailler à Taipei pour la division des affaires criminelles internationales trois ans plus tard. Etablie en 1979 en tant qu’antenne de Taipei du CIB, la division des affaires criminelles internationales était autrefois l’interlocuteur privilégié d’Interpol à Taiwan. Elle a pour mission de superviser les efforts de collaboration internationale. Huang Wen-chih transmet aujourd’hui son expérience en tant que professeur associé au département de la police des frontières de l’Université centrale de la police (CPU), à Taoyuan.
« La mondialisation a provoqué des mouvements rapides de personnes et de biens entre les pays, ce qui représente un énorme défi pour les forces de police nationales, explique Huang Wen-chih. Les criminels peuvent s’organiser et s’armer dans un lieu tout en commettant des infractions telles que le trafic illégal, le blanchiment d’argent ou la fraude aux télécoms dans un autre. »
Des participants au Forum international sur la coopération policière de Taipei posent avec enthousiasme lors de l’édition 2019. (Aimable crédit du Bureau d’enquête criminelle)
Mon Wei-teh [孟維德], professeur au département des affaires policières internationales, estime que cette transformation des activités criminelles prouve la nécessité de renforcer la coopération judiciaire internationale. « Nous devons veiller à garder une longueur d’avance face à des organisations criminelles de plus en plus flexibles et intelligentes qui sont capables de faire évoluer leurs modes opératoires », insiste-t-il.
Pour Mon Wei-teh, en plus de chercher à devenir membre d’Interpol, Taiwan devrait développer des relations plus étroites avec l’Association des polices des nations d’Asie du Sud-Est (Aseanapol), basée dans la capitale malaisienne Kuala Lumpur. Une telle initiative serait d’ailleurs, selon lui, en accord avec les efforts mis en œuvre pour renforcer les relations de Taiwan avec l’Asie du Sud-Est dans le cadre de la Nouvelle Politique en direction du Sud.
Elément essentiel de la stratégie de développement national, la Nouvelle Politique en direction du Sud cherche à approfondir les liens agricoles, économiques, culturels, éducatifs, touristiques et commerciaux avec les dix Etats membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), six Etats d’Asie du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Les échanges entre les officiers de police taïwanais et leurs homologues d’autres nationalités ne se limitent pas aux opérations relatives à leurs affectations à l’étranger. Des événements organisés à Taiwan et réunissant des experts du maintien de l’ordre sont également appréciés par des délégations de groupes tels que l’Association internationale des chefs de police. Des représentants de cette organisation étaient d’ailleurs présents à l’avant-dernière édition du Forum international sur la coopération policière, une rencontre annuelle co-organisée par l’agence nationale de Police et le CIB de Taiwan. Un total de 127 responsables gouvernementaux venus de 38 pays et territoires étaient présents lors de l’édition 2018, axée sur la lutte contre la fraude transnationale dans le secteur des télécoms. La dernière édition en date du forum s’est tenue à Taipei en septembre 2019.
Le prestige du Forum international sur la coopération policière continue de croître grâce à un projet de partenariat avec le Cadre global de coopération et de formation (GCTF), une architecture mise sur pied en 2015 par Taipei et Washington pour renforcer leur collaboration bilatérale sur les questions internationales et régionales. Désormais administré conjointement par le gouvernement taïwanais, l’Institut américain à Taiwan et l’Association pour les échanges Japon-Taiwan, le CGCTF sert de plateforme aux experts des pays et territoires participants pour partager leurs expériences et leurs connaissances dans un large éventail de domaines.
Cette avancée est bien accueillie par Huang Ming-chao qui estime que cela démontre clairement la capacité des forces de police taïwanaises à collaborer avec leurs homologues étrangers dans le cadre d’enquêtes criminelles. « Il ne fait aucun doute que Taiwan puisse aussi être un membre de confiance d’Interpol, affirme-t-il. Pour peu qu’on nous en donne l’occasion, nous pouvons aider à bâtir un monde plus sûr. »