05/04/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

Les graines de la durabilité

18/12/2021
Les courges Crookneck font partie des cultures soigneusement entretenues par les agriculteurs de Tainan, dans le sud de Taiwan.
Photo : Huang Chung-hsin / MOFA

Le gouvernement cherche à permettre le développement continu du secteur agricole taïwanais.

Tous les deux ans, le temps d’une soirée, les esprits les plus brillants et les étoiles montantes du secteur agricole taïwanais se réunissent pour célébrer les plus grandes réussites des 24 derniers mois lors de la cérémonie de remise des prix Shennong. Depuis 1983, cet événement honore les agriculteurs spécialisés dans une grande variété de produits, allant du riz biologique aux œufs de cane, et accueille des dirigeants de tous horizons politiques désireux d’exposer leur vision du développement agricole du pays.

Un riziculteur de New Taipei vérifie l’état de sa récolte. (Photo : Huang Chung-hsin / MOFA)

Bien que l’agriculture n’ait représenté que 1,6 % du produit intérieur brut de Taiwan en 2020, ce secteur reste d’une grande importance, son impact dépassant largement le cadre de l’économie pour s’étendre à la politique et à l’environnement, selon les propos de Lin Ching-i [林靖一], directeur du département d’orientation et d’assistance de l’Association nationale des agriculteurs de Taiwan (NFA). L’influence de l’agriculture se reflète dans la vaste portée du Programme de promotion de la nouvelle innovation agricole (NAIPP) lancé par le ministère de l’Agriculture en 2017. Cette initiative phare a été mise en œuvre en réponse à une sensibilisation croissante à des questions telles que le changement climatique, la protection de l’environnement et le vieillissement de la population. De fait, ce programme cherche à assurer un développement agricole durable grâce à des stratégies telles que l’amélioration de la sécurité financière des agriculteurs et la mise en place de formations pour les personnes souhaitant travailler dans le secteur.

Créer un filet de sécurité

L’une des priorités du gouvernement est de soutenir les agriculteurs par la promotion de divers systèmes d’assurance. Selon le ministère, les événements météorologiques extrêmes ont gagné en gravité et en fréquence au cours des 15 dernières années, causant des pertes de 12,4 milliards de dollars taïwanais (TWD) par an en moyenne dans le secteur agricole. En 2015, le ministère a mis en œuvre un plan pilote permettant aux agriculteurs de souscrire une assurance contre les catastrophes naturelles. Avec l’adoption de la loi sur l'assurance agricole en 2020, les agriculteurs peuvent désormais également assurer les pertes causées par les maladies et les parasites. La nouvelle loi prévoit que le gouvernement subventionne jusqu’à la moitié des primes versées par les agriculteurs aux assureurs.

« Disposer d’une protection financière est une étape essentielle pour garantir les intérêts des agriculteurs locaux face à la menace croissante de conditions météorologiques extrêmes », déclare M. Lin, ajoutant que la NFA travaille avec 301 associations d’agriculteurs dans tout le pays pour encourager un taux élevé d’adoption des nouvelles mesures. A ce jour, le riz, 14 variétés de fruits et les quatre types les plus courants de poissons élevés dans l’aquaculture locale peuvent bénéficier de cette assurance. Les aviculteurs assurés peuvent également obtenir une compensation pour les pertes causées par l’abattage des volailles infectées par la grippe aviaire, ce qui les incite aussi à signaler les cas potentiels.

Le NAIPP vise également à établir un cadre pour des mesures rigoureuses d’inspection agricole et de quarantaine, une précaution nécessaire alors que les agriculteurs du monde entier voient leurs moyens de subsistance menacés par les maladies infectieuses. En 1997, une épidémie de fièvre aphteuse a conduit de nombreux pays à interdire les importations de porc taïwanais, entraînant la fermeture de 5 000 porcheries dans le pays et un coût économique estimé à 170 milliards de TWD. Bien qu’en juin 2020, les vaccinations et la surveillance étroite des porcs locaux aient permis au pays de recouvrer le statut de pays exempt de fièvre aphteuse auprès de l’Organisation mondiale de la santé animale, dont le siège est à Paris, le gouvernement est déterminé à ne plus jamais laisser une telle situation se développer.

Les serres de Tainan offrent un environnement favorable au développement de l’agriculture biologique. (Photo : Huang Chung-hsin / MOFA)

Tirant les leçons de son expérience en matière de fièvre aphteuse, le ministère de l’Agriculture applique désormais un ensemble complet de mesures allant des contrôles aux frontières à la limitation des ventes en ligne illégales de produits animaux, afin de prévenir la transmission à Taiwan de maladies animales hautement infectieuses. A ce jour, ces changements ont permis d’éviter l'apparition de foyers locaux de peste porcine africaine, une maladie mortelle au taux de mortalité élevé chez les porcs qui a dévasté les éleveurs de porcs en Chine et dans de nombreux autres pays.

Vers une agriculture plus biologique et écologique

Après avoir mis en œuvre des mesures de protection rigoureuses qui offrent aux agriculteurs une assurance en cas de besoin, le gouvernement accorde une attention égale à l'amélioration des méthodes de production locales afin de garantir que les produits fabriqués à Taiwan restent compétitifs. Un exemple en est la volonté d'accroître l’adoption de pratiques agricoles biologiques et écologiques, faisant respectivement référence à une utilisation nulle et limitée d’agents chimiques. Selon les statistiques du ministère, 16 509 hectares de terres agricoles étaient cultivés de cette manière en juin 2021, contre 6 784 hectares à la fin de 2016.

Pour y parvenir, le ministère a mis en place une série d’incitations financières. Actuellement, le gouvernement subventionne 90 % des frais annuels de certification biologique, réduisant ainsi le fardeau des agriculteurs qui choisissent de se passer de produits chimiques. Les agriculteurs ont également droit à une subvention annuelle pouvant atteindre 80 000 TWD pour chaque hectare de terre agricole cultivée en bio. Les achats d’engrais microbiens et de produits de lutte biologique contre les parasites peuvent également être subventionnés.

Les largesses du gouvernement ne s’arrêtent pas là. Un projet du ministère lancé en 2017 subventionne désormais la moitié des coûts de construction de serres, indispensables compte tenu des risques que font courir les typhons aux cultures. « Il n’est pas facile de pratiquer l’agriculture biologique à Taiwan, car la plupart des agriculteurs ne cultivent que de petites parcelles de terre très rapprochées. Les cultures biologiques peuvent donc être affectées par les produits chimiques utilisés par les agriculteurs voisins, explique Yu Cheng-chuan [余振全], un producteur de fruits du district de Hsinchu, dans le nord de Taiwan. Les serres permettent de résoudre ce problème. »

Le ministère de l’Agriculture veille à ce que la demande intérieure en produits biologiques augmente en fonction de l’accroissement des niveaux de production, notamment en soutenant la création de sections réservées aux produits biologiques dans les hypermarchés et en organisant régulièrement des marchés de producteurs biologiques dans tout le pays. Il travaille également avec les collectivités locales pour mettre en relation les agriculteurs et les écoles primaires. Plus de 1,4 million d'élèves mangent désormais dans les restaurants scolaires des mets réalisés à partir d’ingrédients bio cultivés localement.

La plupart des mandarines produites dans le verger de Yu Cheng-chuan, dans le district de Hsinchu, dans le nord de Taiwan, sont vendues en ligne. (Avec l’aimable autorisation de Yu Cheng-chuan)

Une nouvelle génération d’agriculteurs

La sensibilisation de la nouvelle génération taïwanaise à l’importance du secteur agricole fait partie d’une stratégie gouvernementale globale visant à attirer les jeunes dans ce secteur. A la mi-2021, le ministère avait offert à 589 jeunes talents des prêts sans intérêt, un encadrement individuel par des experts agricoles ainsi qu’une assistance marketing pour faire décoller leur entreprise. En outre, sous l’égide du ministère, un réseau de bourses pour jeunes agriculteurs a été créé dans 17 villes et districts afin de faciliter les échanges d’expériences et le partage des ressources au sein de la communauté. « Auparavant, les agriculteurs avaient peu de contacts avec d’autres personnes exerçant la même profession en dehors de leur région, mais le réseau a considérablement stimulé les interactions dans tout le pays, permettant aux jeunes agriculteurs d’apprendre de leurs pairs de nouveaux modèles commerciaux ou de nouvelles techniques de culture », déclare Yu Cheng-chuan, qui est également président de la Bourse des jeunes agriculteurs du district de Hsinchu.

Ancien inspecteur du contrôle de la qualité dans le secteur de la fabrication industrielle et ayant hérité de son père un verger de mandariniers, Yu Cheng-chuan a changé d’attitude à l’égard de la vie d’agriculteur. « Après avoir été témoin des années de dur labeur de mon père, j’étais assez hésitant à suivre ses traces », dit-il.  Mais son aversion a progressivement cédé la place à l’admiration, à mesure qu’il aidait son père à gérer le verger en utilisant de nouvelles stratégies rendues possibles par le nivellement du secteur agricole taïwanais. « J’ai aidé mon père à passer à un modèle de vente directe via l’Internet. La vente de produits sans intermédiaire a permis de générer davantage de bénéfices et de développer une marque reconnaissable pour nos fruits », ajoute-t-il.

Un agriculteur chevronné, accroupi, partage son expertise professionnelle avec une nouvelle recrue à Taichung, dans le centre de Taiwan. (Photo : Chen Mei-ling / MOFA)

Le travail aux côtés de son père a fait naître une passion cachée chez Yu Cheng-chuan, qui a décidé de quitter son emploi pour travailler à plein temps comme agriculteur. En 2020, il a ouvert une boutique à Hsinchu où il vend les fruits de son exploitation ainsi que d’autres produits agricoles biologiques et écologiques provenant de tout Taiwan. « J’avais l'habitude de travailler de longues heures de manière non flexible et dans un bureau impersonnel, mais maintenant, je peux fixer mes propres horaires en travaillant à l'extérieur. » Et Yu Cheng-chuan est loin d’être le seul jeune à avoir sauté le pas ; lorsqu’il a rejoint la communauté de Hsinchu en 2015, l’organisation comptait une centaine de membres, mais elle en compte aujourd'hui près de quatre fois plus.

Grâce au soutien continu du gouvernement et à une communauté croissante de jeunes agriculteurs, l’avenir du secteur agricole taïwanais est prometteur. « L’ancienne génération a posé des bases solides sur lesquelles les nouveaux arrivants peuvent s’appuyer, conclut ainsi le directeur Lin de la NFA. Maintenant que le NAIPP se concentre sur le rajeunissement et la modernisation du secteur, c’est une période passionnante pour être agriculteur à Taiwan. »

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