Taiwan se joint à l’initiative des Nations unies visant à promouvoir les sciences fondamentales et le développement durable.
En août 2022, la présidente de la République Tsai Ing-wen [蔡英文] s’est rendue dans la ville portuaire de Keelung, dans le nord de Taiwan, pour assister au lancement de la série d’activités organisées par le pays pour marquer l’Année internationale des sciences fondamentales pour le développement durable (IYBSSD) proclamée par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). L’événement a eu lieu à bord du navire de recherche Legend, le plus grand et le plus avancé des navires de ce type. « Chaque mission entreprise par le Legend souligne les réalisations de Taiwan en matière de recherche scientifique, a ainsi déclaré la cheffe de l’État. Ces dernières années, les sciences fondamentales ont joué un rôle crucial dans notre réponse au changement climatique, la gestion des ressources en eau et les mesures de contrôle des pandémies. »
L'IYBSSD met l'accent sur le rôle essentiel que joue la science fondamentale dans la réalisation des objectifs de développement durable des Nations unies et pour le bien-être général de la société, en attirant l'attention sur la manière dont une compréhension générale de la nature peut susciter des actions efficaces au profit du bien commun. La campagne mondiale a été proposée par l'Union internationale de physique pure et appliquée (UIPPA), basée en Italie, à l'occasion de son 100e anniversaire. Elle a reçu le soutien de groupes universitaires, d'organisations scientifiques, d'instituts de recherche et de centres d'enseignement dans plus de 80 pays. À Taiwan, l'organisme responsable est le Conseil national des sciences et des technologies (NSTC), sous l’égide du Yuan exécutif. Pour expliquer l'empressement du gouvernement à s'impliquer dans cette initiative, le vice-ministre du NSTC, Lin Minn-tsong [林敏驄], cite le point de vue du président de l'UIPPA, Michel Spiro, selon lequel les sciences fondamentales fournissent les moyens essentiels pour relever les défis critiques. L'année vise à renforcer l'éclairage scientifique, l'engagement public et les connexions internationales pour tous, en contribuant à garantir l'égalité des droits et l'accès équitable aux activités et ressources scientifiques, indépendamment de l'âge, du sexe, de la profession, du statut social ou du lieu d’habitation, ajoute le vice-ministre.
Un tel accès met en place les bases du développement d'applications technologiques avancées et est essentiel à la formation des futurs professionnels et innovateurs, selon la cheffe de projet IYBSSD@Taiwan du NSTC, Chiu Mei-hung [邱美虹], professeure à l'Institut supérieur d'éducation scientifique de l'université normale nationale de Taiwan (NTNU) dans la ville de Taipei. Chiu Mei-hung a été choisie pour diriger la campagne après avoir été le fer de lance de l'organisation réussie des programmes nationaux de promotion de l'Année internationale du tableau périodique des éléments chimiques de l'UNESCO en 2019, qui marquait le 150e anniversaire de la création du tableau par le scientifique russe Dmitri Mendeleïev. L'entité organisatrice, l'Union internationale de chimie pure et appliquée, basée aux États-Unis, faisait partie des 26 organisations internationales ayant soumis conjointement la proposition de l’IYBSSD à l'Onu en 2017.
Pour une recherche plus inclusive
Dans le cadre des célébrations du centenaire de l'UIPPA et des événements de l'IYBSSD, le Symposium international conjoint des femmes en science et technologie 2022 a eu lieu en octobre dernier à l'université nationale de Taiwan (NTU) à Taipei, avec la participation en ligne ou en présentiel de représentantes de pays tels que le Danemark, la France, l'Inde, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, le Vietnam et les États-Unis. Dans son discours d'ouverture, le ministre du NSTC, Wu Tsung-tsong [吳政忠], a réitéré la volonté de Taiwan d’encourager les étudiantes à suivre les enseignements des filières en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) à l'université, ainsi qu’à poursuivre leurs carrières professionnelles dans les secteurs afférents.
Des élèves de l'enseignement primaire et secondaire de tout Taiwan participent à un programme international visant à mesurer le champ magnétique de la Terre. (Photo aimablement fournie par l'équipe de l'IYBSSD@Taiwan dirigée par Yang Chun-chuen)
Parmi les mesures prises par le NSTC en faveur des femmes, il faut également citer le lancement, en mai 2021, de subventions permettant aux cheffes de projet qui sont soit enceintes, soit mères d'enfants âgés de trois ans ou moins, d'engager des assistants de recherche. En juillet dernier, 132 bénéficiaires ont ainsi reçu plus de 80 millions de dollars taïwanais (2,6 millions de dollars américains). Les subventions ont depuis été étendues aux pères de jeunes enfants. « Nous continuerons à renforcer l'équité entre les sexes dans l'environnement de la recherche scientifique afin de constituer une force de travail diversifiée et très talentueuse, capable de stimuler la croissance future », a ainsi déclaré le ministre Wu.
A cela s’ajoute le fait que l’organisateur du forum, la Société de physique de Taiwan (TPS), a créé son comité sur les femmes en physique en 2001. Cette initiative, qui faisait suite à la création par l'UIPPA du groupe de travail sur les femmes en physique en 1999, visait à examiner systématiquement la situation des femmes scientifiques et à proposer des suggestions d'amélioration. Les représentants de la société font partie intégrante de l'équipe exécutive de l'IYBSSD@Taiwan, aux côtés de leurs homologues du Centre pour la promotion et l’engagement scientifique (Science Promotion and Engagement Center, SPEC) du NSTC, du département de science et d'ingénierie des matériaux de l'université nationale Cheng Kung, dans la ville méridionale de Tainan, de la société chimique située à Taipei, à l'Academia Sinica, et de l'institut de Chiu, à la NTNU.
Encourager la formation scientifique des plus jeunes
L'engagement des jeunes est un élément essentiel du programme de l'IYBSSD de Taiwan. À cette fin, des universitaires de la Société de physique de Taiwan dirigent un groupe de 44 élèves de l'enseignement primaire et secondaire de tout le pays pour mesurer le champ magnétique terrestre en coopération avec une équipe d'Argentine, située aux antipodes de Taiwan ; de même, le SPEC mène un programme invitant 100 scientifiques à faire des discours, des cours ou des démonstrations dans les écoles secondaires des régions reculées du pays. « Ces scientifiques ont beaucoup d'histoires fascinantes à raconter, déclare Chiu Mei-hung. Ils sont une grande source d'inspiration pour les jeunes élèves. »
Liu Huoo-chin, directeur général du Centre national d'enseignement scientifique de Taiwan, situé à Taipei, fait la démonstration d'une expérience. (Photo de Pang Chia-shan / MOFA)
En parallèle, Chiu Mei-hung et ses collègues se concentrent sur la formation des enseignants. Par le biais d'ateliers, ils cultivent la capacité des éducateurs à concevoir des cours dans des domaines émergents tels que les énergies renouvelables, en coopération avec le centre de ressources en chimie du programme d'études des lycées ordinaires du ministère de l'Éducation (MOE). L'un des sujets abordés est celui des cellules solaires à pigment photosensible. Inventé au début des années 1990, ce type de cellules à couche mince génère de l'électricité par un mécanisme similaire à la photosynthèse et, contrairement aux cellules en silicium cristallin, les premières fonctionnent dans des conditions de faible luminosité. Il est donc possible de les utiliser à l'intérieur pour alimenter les appareils ménagers. Relativement facile à produire avec des matériaux peu coûteux, ce nouveau type de cellules est de plus en plus présenté dans les cours de sciences des écoles secondaires. « Nous semons les graines d'un environnement durable », ajoute Chiu Mei-hung.
Le Centre national taïwanais d'enseignement scientifique (NTSEC), basé à Taipei et organisateur de la foire scientifique annuelle des écoles primaires et secondaires, propose également des programmes de formation des enseignants. Liu Huoo-chin [劉火欽], directeur général du centre explique : « Pour que les élèves puissent réellement assimiler ce qu’ils apprennent, les modèles d'éducation doivent aller au-delà de l’apprentissage dans les manuels et par les examens. » En collaboration avec des installations supervisées par le MOE, comme le Musée national des sciences et technologies marines de Keelung, le Musée national des sciences naturelles de la ville de Taichung, dans le centre de Taiwan, et le Musée national de biologie marine et Aquarium du district de Pingtung, dans le sud du pays, le NTSEC coordonne de nombreux événements de l'IYBSSD. Ces derniers comptent notamment les Festivals scientifiques municipaux organisés dans plusieurs villes de Taiwan tout au long de l'année. L'une des premières éditions a d’ailleurs eu lieu en octobre dernier dans le district de Miaoli, avec 55 stands de foire scientifique installés par 33 entités universitaires, commerciales et gouvernementales, offrant des expériences interactives et pratiques aux visiteurs de tous âges.
Le NTSEC, qui relève du MOE, propose des cours et des expositions scientifiques pour les publics de tous âges. (Photo de Pang Chia-shan / MOFA)
Selon Chiu Mei-hung, les initiatives de l'IYBSSD soulignent la nécessité d'investir davantage de ressources financières et humaines dans le secteur des sciences fondamentales à l'échelle nationale et mondiale. « Nous devons maintenir un niveau de financement stable pour la recherche scientifique. C'est le seul moyen d'ouvrir aux chercheurs un éventail de possibilités essentielles en matière de développement durable », conclut-elle.