Les relations économiques et commerciales interchinoises* se sont rapidement développées après le lancement d'une politique de libéralisation économique en 1979 par Pékin. Le deuxième élan est survenu vers la fin de 1987, quand Taipei autorisa les visites de famille en Chine continentale aux habitants de Taiwan. Selon les statistiques du Département du recensement et des statistiques de Hongkong, le commerce indirect entre Taiwan et la Chine continentale via Hongkong n'était que de 47 millions de dollars américains en 1978. Il a vite grimpé pour atteindre 2,72 milliards de dollars américains en 1988. C'est une progression de près de cinquante-sept fois en l'espace de dix ans.
Les exportations de Taiwan vers la Chine continentale ont crû plus vite que les importations de cette région. Il faut essentiellement l'attribué à l'interdiction d'importer des marchandises de Chine continentale, ce qui signifie que les importations indirectes sont demeurées illégales durant cette période. Dans un mouvement de libéralisation, le gouvernement a levé en août 1988 l'interdiction d'importation indirecte sur cinquante catégories de produits agricoles et de matières premières industrielles. Cela a mené à une croissance des importations de Chine continentale au cours de cette année-là. La valeur des exportations indirectes et la variété de biens de consommation exportés en Chine continentale ont également augmenté.
Malgré un léger ralentissement du commerce interchinois indirect, dû à l'incident de Tienanmen en juin 1989 et à la récente récession économique, la valeur totale du commerce indirect avec la Chine continentale a atteint 3,5 milliards de dollars américains en 1989. De ce total, 2,9 milliards de dollars américains sont des exportations indirectes et 587 millions de dollars américains des importations indirectes, laissant un excédent commercial en faveur de Taiwan de 2,3 milliards de dollars américains.
En fait, hormis les années 1978 et 1979, Taiwan a constamment réalisé des excédents dans son commerce avec la Chine continentale via Hongkong. Cet excédent est maintenant devenu une part importante de l'excédent du commerce extérieur général, atteignant 16,2% en 1988, 16,5% en 1989 et 22,6% pour le premier semestre de 1990.
De l'autre bord, le déficit commercial de la Chine continentale avec Taiwan en 1989 s'élevait à un tiers de son déficit général, un fardeau qui ne peut être pris à la légère. Le courant ainsi formé par ce déséquilibre dans le commerce interchinois conduira à long terme certainement à un mécontentement et des frictions.
Ces dernières années, le commerce entre l'île et le continent a augmenté plus vite que l'ensemble du commerce extérieur. Il a amorcé une croissance continue par rapport à celle de chaque autre partenaire commercial de Taiwan. En 1979, la valeur des exportations indirectes de Taiwan vers la Chine continentale n'était que de 0,1% du total des exportations de Taiwan, mais en 1989, elle atteint 4,4% (et déjà 4,6% pour les six premiers mois de 1990). Ces chiffres peuvent être perçus comme une plus grande dépendance commerciale de la Chine continentale.
Parallèlement, la dépendance des exportations indirectes de la Chine continentale s'est aussi élevée de 0,4% en 1979 à 4,4% en 1989 (et 4,6% pour les six premiers mois de 1990). Quant à ses importations indirectes, cette dépendance s'est accrue de 0,1% en 1979 à 4,9% en 1989.
L'influence croissante et réciproque des relations commerciales interchinoises est sous-estimée dans ces données. La Chine continentale est devenue le cinquième partenaire commercial de Taiwan en 1989, alors que Taiwan n'est que le sixième de la Chine continentale. Il existe toutefois une grande différence dans le mouvement de ces échanges commerciaux. Les exportations de Taiwan vers la Chine continentale demeurent cinq fois supérieures à ses importations de Chine continentale. Cela veut dire que la Chine continentale est principalement un débouché de Taiwan plutôt qu'un fournisseur, alors que c'est l'inverse pour Pékin.
Pourtant, ces observations masquent un peu la réalité si on considère le détail des marchandises. Si les importations taiwanaises en provenance de Chine continentale constituaient des catégories spécifiques de produits ou en comptaient pour une grande part alors l'île dépendrait gravement de la Chine continentale comme source d'approvisionnement de ces catégories. Et dans le cas d'un manquement de marchandises de Chine continentale, Taiwan pourrait se trouver dans la situation difficile d'en être à court et de ne pouvoir retrouver rapidement un autre fournisseur.
De tels dangers sont minimisés si Taiwan suit le principe de la diversification de son commerce indirect. Il lui est capital de bien en surveiller la structure afin de repérer immédiatement s'il se présente un tel marché ou une telle dépendance en termes de spécificité.
Selon une dépêche de l'agence Chine Nouvelle, les exportations indirectes de Taiwan vers la Chine continentale consiste notamment en matières premières, produits et composants industriels. Les fibres artificielles, par exemple, comptent pour 39,5% de la valeur totale des exportations indirectes de Taiwan, suivies par les accessoires et composants électroniques (11,4%), les matières plastiques brutes (10,9%) et les produits mécaniques et biens d'équipement (8,1%). Les produits médicinaux de l'herboristerie traditionnelle provenant de Chine continentale sont la principale importation de Taiwan, suivis des produits alimentaires, du tabac et du carburant.
On croit généralement que la libéralisation des importations indirectes de Chine continentale par le gouvernement a eu peu de répercussion sur la composition de ces importations. S'il est vrai que la première liste des 50 catégories de produits agricoles et de matières premières industrielles autorisées à l'importation a été augmentée à 154 catégories en août 1988, les négociants ont en fait importé les marchandises qu'ils désiraient. En 1989, par exemple, on estime qu'un tiers seulement des importations provenant de Chine continentale consiste en produits autorisés. Le rest a été importé à la discrétion des hommes d'affaires taiwanais.
Joseph Chen
Près de 75% du commerce indirect interchinois transite par Hongkong.
En outre, le développement effréné des industries de main-d'œuvre et toute orientées à l'exportation en Chine continentale a vite attiré un grand nombre de petites et moyennes entreprises à y investir dans le sillage des hommes d'affaires de Hongkong. L'évolution plus intense du commerce interchinois tend à abandonner des produits commerciaux bruts pour des produits plus sophistiqués à l'intérieur du même domaine industriel entre les différentes entreprises. Selon les statistiques, cet essor n'en est qu'à ses débuts, mais il s'élargira et s'approfondira à mesure que les échanges commerciaux se développeront, alors leur composition reflétera plus exactement les besoins respectifs des structures économiques. Une condition préalable à cette évolution est que les deux parties poursuivent chacune une politique commerciale compatible et structurent lentement et au même rythme leur économie.
Actuellement, les investissements ne courent que dans un sens, vers la Chine continentale. Au début des années 80, les entreprises taiwanaises faisaient très peu d'investissements en Chine continentale. Puis cela a soudain changé à partir de 1987 avec la levée des décrets d'urgence. Les gens ont été autorisés à visiter leurs parents restés en Chine continentale et le contrôle des changes s'est relâché, permettant des envois à l'extérieur de 5 millions de dollars américains par personne et par an.
Stimulés par ces mesures, les investissements taiwanais ont vite atteint 8 millions de dollars américains à Hiamen (ou Amoy),** dans le Foukien, pour la seule année 1987. Ces chiffres et les suivants font partie des « capitaux contractés », c'est-à-dire les investissements taiwanais spécifiés sur contrat signé par les deux partis. Ils ont augmenté en 1988 à 140 millions et en 1989 à 481 millions de dollars américains. Dans les trois premiers trimestres de 1990, ces investissements à Foutcheou, Hiamen, Canton et les régions voisines se sont élevés, estime-t-on, à 1 milliard de dollars américains. Quelques entreprises taiwanaises se sont risquées plus dans l'intérieur, mais la plupart demeurent encore dans les régions côtières du Sud-Est, notamment les villes de Foutcheou et de Hiamen où elles ont obtenu des avantages non négligeables.
Selon le gouvernement municipal de Hiamen, il y avait 20 entreprises taiwanaises dans la région à la fin de 1987 ayant apporté quelque 8 millions de dollars américains en « capitaux contractés ».87 entreprises s'y sont ajoutées en 1988, et 131 autres en 1989. A la fin de novembre 1989, on dénombrait 255 entreprises investies par Taiwan à Hiamen avec un apport de 629 millions de dollars américains. De ce nombre, 115 étaient déjà opérationnelles. D'une manière générale, ces entreprises investies par Taiwan partagent des traits communs.
- Les petites, moyennes et grandes entreprises sont toutes représentées, et le capital moyen a rapidement grossi. Il était d'environ 1,6 million de dollars américains par unité en 1988 pour atteindre 3,67 millions l'année suivante. Plus de dix entreprises taiwanaises ont apporté sous contrat plus de 10 millions par unité projetée. Le plus grand capital est un projet de 200 millions de dollars américains.
- Le terme des investissements a également augmenté. Au départ, les chefs d'en treprise taiwanais signaient des contrats de 15 à 25 ans avec la Chine continentale, mais la durée est maintenant autour de trente ans. Quelques-uns vont jusqu'à 70 ans.
- Les entreprises investies par Taiwan ont commencé à augmenter le montant de leur capitaux. 45 l'ont ainsi fait en 1989. Le total de cette augmentation est de 60 millions de dollars américains, un montant qui dépasse largement le montant originel.
- Les investissements ne sont plus limités à quelques industries de main-d'œuvre. Le niveau de la technologie de fabrication s'est élevé, et les exemples de direction multilatérale ont augmentés. Aussi, les entreprises ont su attirer plus de capitaux d'autres sociétés. Avant 1989, les investissements de Taiwan se concentraient principalement sur les industries de main-d'œuvre, comme les vêtements prêt-à-porter, les chaussures, les sacs à main, les parapluies, les jouets, les radios et les produits électroniques et en matière plastique. Mais après 1989, ils se sont étendus pour comprendre les industries pétrochimiques de base. Les entreprises taiwanaises sont également intéressées dans le développement de l'immobilier, en particulier les projets dans les zones industrielles.
- La propriété unique a augmenté. Les investisseurs en Chine continentale, auparavant axés sur le partenariat, la fabrication à l'exportation ou le commerce compensatoire, ont rencontré des difficultés dans la direction du personnel ou la gestion des fonds. La proportion des propriétaires individuels a rapidement augmenté. A présent, 73% des entreprises taiwanaises à Hiamen sont propriétaires uniques.
- 90% des investissements de Taiwan en Chine continentale sont dans l'industrie de fabrication. Les 10% restants sont le voyage, l'immobilier et l'exportation de produits agricoles. La plupart des entreprises exportent au moins 40% de leurs propres produits.
Selon les données du ministère des relations économiques et du commerce avec l'extérieur de Chine continentale, il y a plus de 22 000 entreprises investies par l'étranger en Chine continentale en 1989. Près de 1 500 d'entre elles sont en propriété unique et le reste en copropriété (joint-venture) ou partenariat. Hongkong vient en tête pour les capitaux investis (20,5 milliards de dollars américains), puis les Etats-Unis (2,85 milliards de dollars) et le Japon (l,59 milliard de dollars). Comparée à ces trois pays, les capitaux de Taiwan sont insignifiants, mais ils ont très vite augmenté. Après l'incident de Tienanmen en juin 1989, les Etats-Unis et le Japon ont mis un frein à leurs investissements en Chine continentale, alors que les entreprises taiwanaises se sont ruées dans les créneaux. Et en une année, les investissements se sont plusieurs fois multipliés par rapport à la période précédant l'incident de juin 1989.
Taiwan et la Chine continentale partage le même univers culturel et la même langue; cette dernière possède des avantages géographiques et le régime en place promet un traitement de faveur aux investisseurs taiwanais. Tous ces facteurs ont carrément attirés les chefs d'entreprises taiwanais vers la Chine continentale d'autant plus que le climat des investissements à Taiwan s'est détérioré, devenant une cause majeure d'un exode de capitaux d'entreprise vers la Chine continentale. Selon les milieux d'affaires, devant la forte réévaluation du yuan taiwanais (ou nouveau dollar de Taiwan, NT$) et la surenchère des prix fonciers et de la main-d'œuvre, près de 50% des fabricants de chaussures se sont déplacés en Chine continentale pour y installer plus de 500 chaînes de production.
Selon des sources bien informées de l'industrie du simili-cuir, 40% des 120 millions de mètres de simili-cuir made in Taiwan partent dans les usines de Chine continentale investies par Taiwan pour la fabrication de chaussures et de sacs à main. Dans l'industrie textile, la plupart des importations de tissus synthétiques provenant de Chine continentale arrivent à Tàiwan via Hongkong pour l'industrie du prêt-à-porter taiwanaise qui est de plus en plus active en Chine continentale. Une situation semblable existe dans les autres secteurs, comme la bicyclette, le jouet, la matière plastique et les produits électroniques.
A côté de ces industries marginales, les hommes d'affaires taiwanais s'intéressent à l'immobilier en Chine continentale. Comme cette dernière ne désire pas l'arrivée de nouveaux investisseurs dans ce domaine, ces hommes d'affaires tentent d'accroître leur propriété immobilière en augmentant l'investissement original d'une entreprise déjà en place. C'est ce que les autorités continentales appellent « utilisons les premiers pour attirer les seconds ». Ainsi, San Te Hsing Industrial Company, une des toutes premières entreprises à s'être installée à Hiamen, a déjà décuplé sa propriété. Elle a édifié un « village taiwanais », au coût de 38 millions de dollars américains, au bord de sa « zone industrielle taiwanaise » de 50 ha. Il y a déjà seize entreprises taiwanaises dans la zone où chacune réalise d'importants bénéfices.
Mais toutes les entreprises qui ont investi en Chine continentale ne réalisent pas que des bénéfices. D'abord, des hommes d'affaires taiwanais ont fait fortune en vendant des machines anciens modèles à la Chine continentale à des prix qui dépassent l'entendement. Heureusement, ces négociants n'opèrent plus. La Chine continentale a beaucoup appris sur le tas, et la demande se pose maintenant en des termes plus serrés. De plus, il y a eu beaucoup de difficultés aux développements des entreprises taiwanaises en Chine continentale, comme la pénurie de matériel, de matières premières, d'énergie et de fonds. Les garanties légales à long terme ne sont pas encore en vigueur et le personnel cadre est de qualification inférieure. Les pôts-de-vin sont aussi une très lourde charge, et les frais et livraisons effectuées à des prix d'autant plus élevés qu'il est imposé un parcours indirect par une tierce région pour parvenir à Taiwan ou en venir.
Les Cantonais se sont déjà lancés sur la route du capitalisme et de sa consommation.
Après la levée des Décrets d'urgence en 1987, les contacts de peuple à peuple ont rapidement augmenté entre les deux rives du détroit de Taiwan. Et un appel urgent a été lancé au gouvernement pour une séparation entre la politique et l'économie, permettant ainsi une ouverture du commerce et des investissements directement avec la Chine continentale. Cependant, les relations interchinoises étant extrêmement délicates, les hauts responsables du gouvernement ne pensent évidemment pas que cette séparation soit applicable, un point de vue pourtant soutenu par les milieux universitaires et académiques et de nombreux politologues.
Le gouvernement, les milieux d'affaires et les cercles culturels ont recherché un consensus pour une politique commerciale et économique avec la Chine continentale. Si des efforts progressifs se justifient pour la poursuite des relations interchinoises, une condition est nécessaire. Il faut que les deux parties aient un statut politique identique et égal et entretiennent une coexistence pacifique. Jusqu'à ce que la Chine continentale donne des preuves tangibles et une réponse favorable à ces conditions, le gouvernement ne saurait abandonner inconditionnellement et unilatéralement sa politique des « Trois Non », ni le commerce entre les deux rives se normaliser. Fondé sur des considérations d'autodéfense politique et économique, il est naturel que le gouvernement cherche une approche politique prudente. A moins que les problèmes politiques ne soient résolus, Taiwan a raison d'éviter des contacts trop étroit avec la Chine continentale.
A présent, l'attitude du gouvernement à l'égard du commerce avec la Chine continentale est « de limiter les importations, mais non les exportations » et de maintenir le principe des « contacts indirects », c'est-à-dire que toutes les activités commerciales doivent s'effectuer par un intermédiaire sis dans une région tierce. Selon le ministère de l'Economie, seuls les produits inscrits sur la liste approuvée peuvent être importés. Quant aux exportations indirectes, les négociants doivent se conformer aux règlements généraux régissant les exportations tandis qu'il est clairement mentionné la destination ultime des marchandises sur les documents requis. Cela permet aux autorités compétentes d'obtenir des données correctes de ce commerce pendant que les importations indirectes subissent un contrôle préventif. Il est chargé d'imposer un quota, environ 10% à 15% du volume total du commerce extérieur, au-delà duquel toute autre importation est interdite ou bien les exportateurs sont encouragés à diversifier leurs débouchés.
Dans le domaine des investissements, le gouvernement a récemment dressé une liste de plus de 3 000 articles et denrées susceptibles d'un investissement indirect en Chine continentale. Ces articles couvrent environ 47% de la classification générale des douanes. La plupart sont des produits de main-d'œuvre ayant des rapports en amont relativement faibles. Ils ont perdu leur avantage compétitif à Taiwan et ont dû s'expatrier depuis quelque temps.
Commerce interchinols indirect via Hongkong depuis 1978
Unité : millions de dollars américains
* Les chiffres de 1990 sont provisoires.
Source : Service des Statistiques et du Recensement de Hongkong.
Le principal objectif du gouvernement pour une large ouverture des investissements en Chine continentale dans l'industrie de main-d'œuvre, en déclin dans l'île, est de légaliser les activités des petites et moyennes entreprises qui y ont déjà investi. Cette légalisation qui les mettrait sous le couvert de la loi dite « Mesures de contrôle des investissements indirects et coopération technologique avec la région continentale ». Elle a été élaborée par le ministère de l'Economie en octobre 1990. Le texte précise que les investissements effectués antérieurement à la date d'entrée en vigueur de la loi pourront également être enregistrés dans les six mois suivant cette date.
Le gouvernement s'efforce de prévenir les investissements et le commerce directs avec la Chine continentale en encourageant les chefs d'entreprise à déclarer honnêtement leurs activités commerciales en Chine continentale, ce qui permet au gouvernement de suivre la réalité des interactions entre l'île et le continent. A cette fin, les autorités ont imposé de lourdes peines aux contrevenants et inversement offert des avantages aux autres. Les peines comprennent des amendes jusqu'à 550 000 dollars américains et des sanctions administratives, comme l'interdiction de sortie du territoire et la suspension de prêts bancaires aux entreprises contrevenantes. Les industriels respectueux des lois et règlements peuvent prétendre à une couverture de 20% pour leurs investissements à l'étranger et à des prêts bancaires.
L'efficacité des peines dépend de la détermination et l'initiative des autorités compétentes. S'il est en effet impossible au gouvernement de contrôler chaque investissement en Chine continentale réalisé par un homme d'affaires taiwanais, il sera moins difficile de punir quelques contrevenants par la saisie de leurs avoirs comme avertissement aux autres. La menace de fortes amendes est un risque à ne pas ignorer, même si la probabilité de saisie est encore faible. Si le gouvernement décide une stricte application de cette mesure, elle aura un grand impact. Et les hommes d'affaires de vite reconsidérer l'intérêt national sur leurs avantages personnels.
Hwang Tzu-ming
Des hommes d'affaires des deux rives du détroit de Taiwan échangent des toasts lors d'une rencontre.
Un des problèmes est que les mesures actuelles encourageant l'investissement général ne distinguent guère entre les investissements en Chine continentale et en d'autres régions. Ces dispositions devraient être révisées en y incorporant justement cette différence afin d'identifier les investissements en Chine continentale. Cela serait un témoignage contre ceux qui auraient causé des troubles aux conséquences politiques. Ces peines extérieures ne concernent pas bien sûr les investissements effectués en d'autres régions. Les entreprises taiwanaises de plus en plus attirées vers le marché continental désirent inévitablement y investir plus lourdement. Pour briser cette tendance, il faudrait essayer de réduire le retour prévisible des profits de tels placements et accroître celui de ceux effectués en d'autres régions, y compris les investissements intérieurs. Bien que ce traitement de faveur soit une atteinte à l'économie de libre marché en place à Taiwan, il devrait être considérer avec sérieux pour des raisons politiques et économiques.
Les échanges économiques et commerciaux entre l'île et le continent sont assez délicats, car ils portent en eux à la fois des avantages économiques et des risques politiques. Taiwan doit rechercher un juste équilibre entre les profits économiques considérables et le prix politique désastreux. C'est seulement en parvenant à cet équilibre que les échanges finiront à la longue par être rentables. A moins que la politique du gouvernement à l'égard du commerce avec la Chine continentale ne soit bien définie, les échanges et les investissements indirects ne seront que partiellement réglés. Toutefois, les courants économiques et commerciaux à travers le détroit de Taiwan semblent poursuivre leur élan.
Hwang Tzu-ming
Peu préoccupés des problèmes politiques, les hommes d'affaires taiwanais affluent sans discontinuité aux foires et expositions de Canton.
De plus, le commerce de Taiwan a besoin d'être considéré sur une plus grande échelle. Alors que l'île poursuit la croissance de sa puissance économique, le milieu des affaires a besoin de compléter son internationalisation et peut-être de réduire son énergie à la recherche de débouchés continentaux supplémentaires. Il est risqué que l'île ne devienne trop dépendante de la Chine continentale, surtout si elle le fait aux dépens de son commerce avec le reste du monde. Si Taiwan liait trop étroitement son économie à la Chine continentale, cela pourrait bien influencer la position de l'île dans les futures négociations politiques avec Pékin.
Chung Chin,
Chercheuse assistante à l'Institut de recherches économiques Chunghua.
Photographies de Chen Ping-hsun.
* interchinois, adj., néologisme servant à désigner dans ce contexte les rapports entre les deux régions chinoises, la Chine insulaire (Taiwan) et la Chine continentale, de part et d'autre du détroit de Taiwan. Il rappelle en même temps l'unicité de la Chine et le domaine interne de ces rapports. Il supplée aux terminologies « entre les deux rives du détroit de Taiwan, à travers le détroit de Taiwan, avec la Chine continentale ».
** Hiamen [ou Xiamen dans la presse française actuelle] est la lecture régulière des caractères transcrits et longtemps orthographiés Amoy, d'après un patois voisin. La prononciation dialectale locale est [è-meung]. Mais l'orthographe anglaise a prévalu en dépit d'une orthographe française, préexistante mais devenue combien désuète, Emouy. Aujourd'hui, la lecture pékinoise s'impose.