A l'origine, les premiers caractères d'écriture chinois étaient la représentation graphique de l'objet ou symbolique de l'action (ou pictogrammes). Comme le nombre des idées que l'on désire exprimer est assez limité avec des « dessins » rudimentaires, il a fallu combiner les pictogrammes pour composer d'autres caractères représentant des idées plus complexes (ou idéogrammes). Il y eut deux principales combinaisons, l'une par le sens, l'autre par la prononciation. Ces deux formes de caractères sont àjuste titre des idéogrammes.
La combinaison sémantique relativement confuse selon l'acception des auteurs a surtout laissé la place à la combinaison phonétique. De plus, il existait une nécessité de transcrire les mots de la langue parlée. Et ce fut l'invasion des caractères idéographiques notant aussi la prononciation des différents concepts de la langue parlée.
Avec le temps et les différents modes d'écriture, tous ces pictogrammes et idéogrammes indistinctement se sont stylisés d'une manière semblable. La transformation est surtout due aux outils employés pour les écrire (poinçon pour les graver, pointe de roseau pour les écrire et pinceau effilé pour les calligraphier).
Au cours des siècles, ces combinaisons se sont multipliées, des formes simplifiées sont apparues dans l'écriture courante. Le style cursif a notamment déformés les idéogrammes dans un contexte précis sans considération générale, ce qui en a développé les formes à profusion. En plus des formes simplifiées, en général pour des raisons de commodité ou de fréquence, il existe aussi les variantes : c'est-à-dire une autre façon acceptée d'écrire un même caractère (place des éléments composants inversés, emploi d'une clef différente ou d'un élément phonétique différent, etc.) Les variantes sont souvent le fait des "copistes" chinois qui ont inverti les éléments, pris par erreur une clef pour une autre ou écrit par analogie un élément plus connu pour un autre dont la forme s'est vite répandue pour prendre la place à côté de l'originelle. On retrouve le même phénomène en orthographe française et autres langues européennes.
Tous ces caractères furent incorporés comme un tout dans le lexique du chinois écrit et classés pour une meilleure utilisation. Le premier recueil (ou dictionnaire) qui nous soit parvenu, le Chouo-wen Kié-tseu, datant du 1er siècle de notre ère, semble être le fondement de la langue chinoise écrite. Il classe les divers caractères selon 540 éléments constitutifs communs, ou clefs, dont le nombre a été réduit, par analogie ou assimilation graphique, à 214 dans le Grand Dictionnaire de K'ang-hi (1714). La tendance moderne qui est toujours d'en diminuer le nombre d'après la même méthode n'emporte toutefois pas l'adhésion générale.
Tous les idéogrammes chinois possède donc une clef, élément sémantique constitutif qui sert aussi à les classer. Il y a aujourd'hui 214 clefs, et c'est ainsi que la plupart des dictionnaires chinois classent les caractères; cependant, il existe aussi des classements phonétiques et autres graphiques. Quel que soit le classement des caractères, chacun d'eux indépendamment de son origine, de sa formation ou de sa fonction a la particularité commune de constituer un tout en lui-même indissociable. Dans ce type d'écriture idéographique, chaque caractère a donc la valeur d'un signe comme celle d'une lettre d'alphabet et est traité comme telle. Etant donné le nombre de caractères, il existe une grande difficulté de mémorisation pour les reproduire. Aujourd'hui, pour une reproduction mécanique, cette mémorisation dans un appareil reproducteur (machine à écrire, imprimante, photocomposeur) se transforme en la possession de tous les caractères. Actuellement, la presse chinoise en a sélectionné 7 200 d'usage courant. Au-delà de cette sélection, tout autre caractère dit rare est alors créé (fondu ou gravé) pour les besoins de la cause (textes anciens, style formel).
Les appareils électroniques ont bien sûr hérité de ce principe, mais pour entrer commodément tous les caractères dans les différents systèmes de traitement de texte, il fut nécessaire d'en réduire le nombre par décomposition. On a donc décomposé graphiquement les caractères complexes selon les éléments simples communs qui les composaient tandis que les caractères primaires, indivisibles, devenaient aussi des éléments simples. Ainsi la décomposition graphique du caractère en éléments simples qui peuvent varier en grandeur dans l'espace déterminé qu'occupe un idéogramme chinois (un carré) dans un texte selon la quantité et la disposition de ces éléments. Par exemple, l'élément mou (木, bois; arbre), comme caractère, occupe toute la place (le carré); dans linn (林, forêt), le même élément se rétrécie de moitié en s'allongeant verticalement; et dans senn (森, forêt dense), il n'occupe plus que le quart du carré, disposé 1 et 2. Il appartient donc à chaque système de définir le nombre d'éléments nécessaires et le mode de formation des caractères en fonction des grandes performances de ces appareils pour composer autant de caractères à leur entrée et leur sortie(reproduction sur écran ou document).■