Talent caché – Exposition Chen Cheng-po
Le Musée national du palais (NPM) propose un nouveau regard sur l’œuvre du grand maître de la peinture moderne taiwanaise Chen Cheng-po [陳澄波] (1895-1947), à l’occasion du 120e anniversaire de sa naissance. Il s’agit en fait de la dernière étape d’une exposition itinérante – la plus importante jamais consacrée au grand peintre avec plus d’une centaine d’huiles, aquarelles, dessins, peintures à l’encre et calligraphies – après Tainan, dans le sud de l’île, puis Pékin et Shanghai, en Chine, et Tokyo, au Japon. A chaque fois, un thème différent a été mis en lumière pour présenter son œuvre, et à Taipei, c’est l’influence de la tradition picturale chinoise qui a été choisie. On comprend ainsi la part qu’eut dans son travail sa redécouverte, alors qu’il séjournait à Shanghai entre 1929 et 1933, de la peinture de maîtres chinois comme Nizan [倪瓚] (1305-1374), aussi connu sous le nom de Ni Yunlin [倪雲林], et Zhuda [朱耷] (1626-1705) ou Badashanren [八大山人]. Chen Cheng-po, qui avait étudié les beaux-arts à Tokyo, fut le premier artiste d’origine taiwanaise à voir ses œuvres montrées dans le cadre de l’Exposition impériale d’art, qui était alors un événement artistique important au Japon. Célébré pour son talent exceptionnel et son humanisme, il a toutefois longtemps été réduit dans la mémoire collective à son engagement pour la paix, du fait de sa destinée tragique. Il mourut en effet sous les balles des troupes nationalistes en mars 1947, peu après « l’incident du 28 Février » qui marqua le début de la Terreur blanche à Taiwan. (L.M.)
Jusqu’au 30 mars 2015 au NPM, à Taipei.
MIXER
Circus Movement
En sept petits titres, Mixer fait avec Circus Movement, son premier album, un tour de piste des plus remarqués. Sacré groupe de l’année aux derniers Golden Melody Awards, il a aussitôt été invité par le ministère des Affaires étrangères à effectuer une tournée au Japon et en Corée du Sud, dans le but d’y promouvoir la création musicale taiwanaise. Les cinq jeunes gens n’ont pourtant rien d’un boys band ni de représentants d’une quelconque « culture officielle ». Ils proposent un rock efficace, sans prétention, mais dont ils maîtrisent les fondamentaux. Des paroles accrocheuses, ainsi que la voix puissante et la présence sur scène du chanteur Wu Sheng-hao [吳聖皓], pimentent des compositions honnêtes et sont pour beaucoup dans le succès du groupe. A suivre. (P.-Y.B.)
Cheer Music, 2013.
TOPAS TAMAPIMA
L’île des Orchidées
Jeune médecin en poste de 1987 à 1991 au dispensaire de l’île des Orchidées, au large des côtes sud-est de Taiwan, Topas Tamapima tient dans ces pages la chronique des trois ans et huit mois qu’il a passés sur place. Lui, le Bunun venu des montagnes et passé par les bancs de la faculté de médecine, y découvre des traditions qui lui sont en grande partie étrangères, celles des Tao, un autre groupe de population aborigène dont la culture est toute entière tournée vers la mer. A la tête d’une structure mal équipée, confronté à la méfiance des Tao vis-à-vis des fonctionnaires envoyés par l’Etat, il essaie d’adapter l’offre de soins aux réalités locales en prenant en compte les traditions tao, tout en alertant ses supérieurs hiérarchiques sur les défis sanitaires auxquels est confrontée la population. Homme au caractère bien trempé et aux convictions chevillées au corps, il observe les manœuvres des autorités destinées à faire accepter à la population le stockage sur son île de déchets nucléaires. Succession de courts textes fourmillant d’anecdotes, le récit de Topas Tamapima s’effectue à la première personne, donnant la primauté à ses sentiments. Connu également sous son nom chinois, Tian Ya-ge [田雅各], l’écrivain semble parfois se donner le beau rôle mais fait preuve d’un humour désopilant. A l’exception de quelques tournures maladroites, la traduction, signée Christophe Mazière, laisse bien transparaître cet esprit vif et curieux. Une lecture stimulante. (P.-Y.B.)
Editions Ipagine, 2014.