24/06/2026

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01/07/1985

Le premier bébé-éprouvette de Taïwan

«Ce sont plus les problèmes d'ordre moral, social, légal, psychologique ou religieux que les problèmes techniques qu'il nous faut d'abord surmonter.» Dr Chao Hsiang-tai.

« Trois actes sont de toute impiété filiale; la plus impie est celui de ne point avoir de descendant »1, a écrit Mencius, philosophe et disciple de Confucius, dont l'ouvrage fut de tout enseignement dans impériale. Ce passage montre combien il est important de perpétuer la famille dans le monde chinois.

Le nombre de couples chinois stériles, assez important depuis fort long­ temps, ont toujours souffert de vexations sociales, de critiques et de pressions subtiles, et parfois pas si subtiles.

Aussi la naissance du premier bébé-éprouvette de Taïwan le 16 avril dernier à l'hôpital des Vétérans de Taïpeh fut une merveilleuse nouvelle dans le coeur de tous les Chinois.

La naissance de ce bébé « spécial», un garçon de surcroît, fut quelque peu prématurée par une césarienne. Il pesait 2, et mesurait . Avec lui, Taïwan a rejoint le très sélect « club mondial du bébé-éprouvette » des nations. Par cette naissance, les voeux les plus chers de son papa, le lieutenant-colonel Chang Chien-jen (pron. Tchang Tchienn-jenn), et de sa maman, Shu-hui (pron. Chou-hroueï), tous deux ayant dépassé la trentaine, furent exaucés grâce au miracle de la médecine moderne après six ans de mariage. A la suite de la confirmation de la malformation des trompes de Fallope de la mère, le couple décida de tenter cette expérience, et un programme de concep­ tion humaine in vitro fut ordonné à l'hôpital des Vétérans de Taïpeh en octobre 1983.

« En fait, les suites dans ce domaine du premier bébé-éprouvette du monde, celui de Louise Brown, né le 25 juillet 1978 à l'hôpital Oldham de Londres ont retenu toute notre attention. La réussite de nos efforts persévérants depuis deux ans sont dus au docteur Ng Heung-tat (吳香達)2, chef du département d'obstétrique et de gynécologie. Nous avons vraiment lancé un programme complet à la suite de la confirmation de deux faits: le premier, la possibilité de répondre à une certaine demande locale; le second, la collaboration plus étroite et indispensable entre tous les départements de notre hôpital, comme celui de médecine nucléaire », a déclaré le Dr Tso Chi-hsun (pron. Tsouo Tchi-chiunn), président du conseil d'administration de l'hôpital des Vétérans de Taïpeh, lors d'un séminaire organisé par le quotidien Tchong-kouo Che-pao ("Le Temps de Chine") de Taïpeh.

Dans son petit cabinet de travail bien ordonné du Centre d'obstétrique de l'hôpital, le Dr Ng Heung-tat a expliqué: « Un sondage a révélé que le taux de stérilité des couples à Taïwan était d'environ 15%. De plus, en sachant que les conditions préalables d'une meilleure coordination technique, comme la coelioscopie, la culture cytologique et le scannage ultrasonique, sont excellentes à Taïwan, une équipe spéciale pour le programme du bébé-éprouvette a été organisée.

« Tout d'abord, dans ses efforts sur des expériences animales, cette équipe est parvenue à déterminer que la vitalité du spermatozoïde, plutôt que la quantité, était la clé de la réussite d'une fécondation. Puis, nos expériences obtinrent les résultats positifs escomptés dès avril 1984, alors nous les avons appliqués d'un point de vue clinique. »

Pour les parents, la joie d'avoir un fils s'est doublée de la célébrité dans la presse.

Originaire de la province de Kouang-tong, le Dr Ng Heung-tat est au service de l'hôpital des Vétérans depuis l'obtention de son diplôme du Centre médical de nationale il ya 22 ans.

« Nous n'avons pas fait de sélection particulière sur les personnes de M. et Mme Chang Chien-jen, a-t-il dit. La conception et la grossesse du premier bébé­ éprouvette à Taïwan est toute leur chance.

« D'autre part, poursuivit-il, pour ceux qui souhaiteraient une conception in vitro, nous avons imposé des conditions très strictes: les parents doivent être mariés, âgé de moins de 40 ans et foumir des ovules et des spermatozoïdes sains. Et nous n'avons pas l'intention de nous dérober à ces responsabilités, du moins, dans un proche avenir.

« Parmi les 142 cas que nous avons acceptés, 70% manifestent des malformations et des troubles des trompes de Fallope, soit une obstruction soit l'impossibilité d'une correction chirurgicale; 15% souffrent d'une endométrite grave; 10% sont dû à la rareté des spermatozoïdes; et le reste à des raisons diverses ou inconnues de stérilité.

« Mais comparé au taux de grossesse réussie de 25% à 40% dans les autres pays, avec notre taux de succès de 6,2%, nous faisons triste figure bien loin derrière eux. L'amélioration de ce score est l'objectif de nos efforts actuels. »

Au moment de la rédaction de cet article, le Dr Chao Hsiang-tai (趙湘台, pron. Tchao Chiang-taï), un autre membre de cette équipe spéciale de l'hôpital, allait commencer des études avancées sur la cryoconservation d'embryons à l'Hôpital royal des Femmes de l'Université de Melbourne (Australie). Il nous a parlé de l'état d'esprit de son équipe:

« Bien sûr, nous sommes contents que tous nos efforts ne soient pas restés en vain. Mais pour être honnêtes, nous ne le sommes guère plus, car aussi bien les problèmes techniques que les implications morales, éthiques, sociales, légales et religieuses nous assaillent vraiment. Le concept essentiel des premiers scientifiques, que la science n'a de rapport qu'avec la vérité, n'est plus vraiment applicable aujourd'hui. Les scientifiques consciencieux doivent aussi avoir une responsabilité morale pour toutes leurs recherches. »

Répondant à la critique trop souvent fréquente qu'il est fou de poursuivre l'expérience sur les bébés-éprouvettes à Taïwan puisque l'île est déjà surpeuplée, il a cité des Droits de l'Homme, adoptée en 1948 à Genève, qui stipule clairement que tout individu a le droit d'avoir des enfants. Et les différentes législations, depuis Hippocrate, père de la médecine, ont toutes rappelé la responsabilité du praticien d'alléger les souffrances du patient.

« Seulement, dit-il, le médecin en question doit aussi comprendre les souffrances de ces couples stériles qui désirent des enfants. Je crois justement qu'il est de notre responsabilité de les libérer de ces véritables tortures. Après tout, ils ne sont qu'une minorité dans notre société. »

De tous les gens concernés par notre programme, aucuns ne sont plus heureux que les parents du bébé. Mme Chang Chien-jen, ayant appris la naissance d'un bébé normal et en bonne santé, ne put s'empêcher de pleurer de joie. Plus tard, elle a rappelé qu'elle n'avait subi aucune pression psychologique très importante puisque son mari et sa belle-mère avaient entièrement compris le problème de sa stérilité.

Pendant la première période de sa grossesse, comme la plupart des autres futures mamans, elle a souffert de nausées, d'appétit irrégulier et d'autres ma­laises conséquents. Par la suite, elle a même quitté son emploi de comptable pour mieux se consacrer à son enfant qui a si difficilement vu le jour.

Maintenant, des « jumeaux-éprouvettes» sont attendus de chez un autre couple en août prochain. Et les bébés-éprouvettes en nombre croissant qui verront le jour promettent des difficultés médicales, éthiques, psychologiques, sociales et légales que soulève cet acte ... aux sociétés concernées.■

(1) Citation du Mencius, ou Meng-tseu (孟子), l'un des Quatre Livres, ou Sseu-chou (四書) , les grands classiques du confucianisme. En chinois: Pou chiao yô sann, ou hroô weï ta (不孝有三,無後為大).

(2) Dr Ng Heung-tal, a orthographié son nom selon la prononciation cantonaise (pron. 'Ng ‘Heung-tat). La prononciation officielle est Ou Chiang-ta.

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