Ce jour par un ciel assombri où le soleil n'ose se montrer et la pluie ne se décide à tomber, la voiture gravit une route étroite à travers la verdure. Le chemin sinueux asphalté grimpe à flanc de montagne. Après avoir pris un peu d'altitude, on découvre sur la gauche à travers les feuillages épars un beau panorama sur les quartiers périphériques nord de Taipei. En effet, le déplacement s'effectue toujours à l'intérieur de la « capitale », mais bien loin de la grisaille, de la circulation encombrée, des fumées nauséabondes et du bruit affreux du centre-ville de Taipei.
Dans cet océan de verdure et d'air pur, au détour d'un virage brusque, la voiture s'arrête soudain devant l'entrée banale d'une villa. Cette entrée eût été ordinaire si, déjà, elle n'était pas encombrée de voitures garées sur les bas-côtés de la chaussée et qu'elle n'était pas signalée par une belle enseigne verticale en chinois indiquant les lieux : Ecole Française de Taipei. Derrière le portail ouvert, dans l'allée raide, un bus scolaire jaune, bariolé de rouge conformément aux normes de sécurité routière locale pour le transport des enfants, projette fièrement aux yeux de tout observateur le nom français de l'école.
Ce jour n'est pas un jour ordinaire. C'est la fête de l'école. Chaque année, elle tient une petite kermesse où se rencontrent joyeusement élèves, parents d'élèves, amis francophones et francophiles, et tous les autres qui sont venus. C'est certainement un des aspects positifs de cette belle journée.
Déjà, on entend les gais ébats des enfants qui se retrouvent avec la compagnie inhabituelle de leurs parents et amis. A l'intérieur de la maison, on apprécie les odeurs de petits plats qui se préparent dans la salle de cantine, ici, une classe transformée en salon de lecture, une autre en un point de vente d'articles européens, là, le hall devenu débit de boissons, dehors, dans la cour de récréation, une terrasse de café aux tables agréablement disposées et des stands de jeux pour les enfants, et partout, des paroles volubiles, des éclats de rire autour d'une bonne plaisanterie française.
La petite communauté française de Taipei qui grossit peu à peu au rythme des implantations économiques européennes dans ce pays possède une école pour instruire, éduquer ses espoirs, même dans cette île éloignée de
Un besoin culturel
Jusqu'en 1988, les quelques enfants de parents français résidant à Taipei fréquentaient en général l'école américaine puisque c'était la seule école dispensant un enseignement occidental. Mais ces enfants écoutaient des cours en anglais et recevaient surtout une éducation américaine qui n'est pas tout à fait en relation avec leur langue, leur culture, leur mentalité, leurs aspirations. En outre, avec le développement des relations franco-taiwanaises, la population d'enfants français en âge scolaire a rapidement crû ces dernières années. De la vingtaine d'enfants français qui résidaient à Taipei il y a trois ans, il y en a maintenant près de 80 dont la plus grande partie fréquente l'Ecole Française de Taipei (EFT).
Le besoin naturel et culturel de la communauté française s'est tôt fait pressant. De plus, les sociétés françaises s'installant à l'étranger ont également vite perçu la nécessité à Taiwan de créer une structure éducative pour les enfants de leur personnel expatrié. En effet, ces sociétés rencontrent au titre de la coopération internationale de sérieuses hésitations, de réticences, voire de refus chez ces ingénieurs, techniciens, représentants devant se rendre dans un pays où il n'y a pas d'école française. C'est donc un besoin impératif des familles françaises résidant à Taipei de pouvoir continuer d'éduquer leurs enfants dans le système français avec évidemment la réelle possibilité de réintégration à leur retour en France.
Le réseau des écoles françaises à l'étranger
Pour les besoins éducatifs des enfants des personnels diplomatiques, techniques, commerciaux, de coopération avec l'étranger, des établissements scolaires français se sont établis dans tous les pays du monde. Un enseignement français y est dispensé dans le cadre du système éducatif et pédagogique français en toute conformité aux lois et règlements en vigueur en France. Il n'y existe donc aucune interférence étrangère dans les programmes. Par ailleurs, une initiation à la culture du pays de résidence est généralement offerte de pair aux disciplines enseignées. Tous ces établissements disséminés à travers le monde constitue un réseau planétaire divisé en inspectorats régionaux. En Extrême-Orient, qui comprend les pays du Sud-Est asiatique, ceux de l'ancienne Indochine, Hongkong, continentale, du Sud, le Japon et Taiwan, l'inspecteur responsable qui réside à Singapour effectue des visites régulières aux écoles françaises qui sont sous sa juridiction. Malgré les latitudes différentes, il en est le coordinateur naturel, les harmonise dans les divers aspects de l'éducation avec celles de France, y surveille l'application des directives ministérielles, les consulte sur des problèmes dus à la particularité géographique, et réconforte le corps enseignant quelque peu coupé des habitudes françaises. Enfin, pour la tutelle de tous ces établissements éloignés, s'est récemment constituée l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE).
Une décision urgente
Dans la communauté d'affaires française de Taiwan grandissante, a germé l'idée de créer un établissement scolaire pour les enfants de son personnel expatrié et des autres résidents francophones. En été 1988, s'est constitué un « comité pour la création d'une école française ». Il a décidé en avril 1989 de lancer l'opération en définissant l'organisation et la direction de l'établissement, ainsi que ses conditions (classes, élèves, instituteurs, cadre et locaux) et son financement. Pour assurer par-dessus tout la viabilité de l'entreprise, il a emporté en avril 'adhésion unanime des sociétés françaises installées à Taipei, alors moins nombreuses qu'aujourd'hui, à la création d'une école française. Ces sociétés acceptaient de soutenir la création de l'Ecole Française de Taipei par une nécessaire mise de fonds : louer des locaux, engager des travaux, embaucher des enseignants et du personnel de service. Tout s'est déroulé très vite pour que l'EFT ouvre ses portes à la fin août 1989. La première année scolaire avait deux classes couvrant quatre niveaux. « Le premier jour, il y avait tout juste une quinzaine d'enfants. Et l'année scolaire s'est terminée avec vingt enfants, rappelle avec sourire le président d'honneur de l'APE, M. Olivier Barthélémy. Ce fut une année très difficile, mais couronnée de succès puisque le projet se développait et prouvait ainsi sa viabilité. »
Dans ce même temps, grâce à l'aide de l'Institut Français à Taipei (IFT), toutes les démarches ont été effectuées auprès des diverses autorités administratives concernées, et de France et de de Chine à Taiwan. Il était important que l'école soit agréée par le ministère français de l'Education nationale afin de faire partie du réseau des écoles françaises à l'étranger, d'une part, et qu'elle obtienne des autorités chinoises une licence d'exploitation formelle dans le pays de résidence. Ces dernières l'ont obligeamment accordée après constitution d'un volumineux dossier concernant à la fois la structure de gestion, les locaux, les enseignants et les élèves.
La direction
Pour diriger l'Ecole Française de Taipei s'est constituée l'Association des parents d'élèves (APE) de l'EFT. Cette association se réunit en assemblée générale plusieurs fois par an. Au dernier trimestre scolaire, les parents d'élèves, membres de l'APE, élisent ou réélisent un bureau exécutif qui à son tour élit en son sein un président, un trésorier et un secrétaire. De ce bureau, est membre de droit le représentant des autorités culturelles françaises présentes à Taiwan (l'Institut Français à Taipei), ainsi qu'à titre consultatif sans voix délibérative aux réunions, le directeur de l'école.
Depuis trois ans, l'école s'est rodée peu à peu. Elle a généralement suivi le modèle de l'organisation scolaire française. N'ayant pas de directeur officiel, c'est Mlle Isabelle Passemard, institutrice en poste, qui a joué le rôle de responsable pédagogique de l'EFT jusqu'en juin 1992. Depuis septembre 1992, elle a un directeur qui l'administre et assure la coordination entre les enseignants.
Aux yeux de l'administration française, c'est le conseiller culturel de l'Institut Français à Taipei, sous lequel a été placée l'EFT, qui en est le supérieur hiérarchique. Il a transmis à l'école toutes les instructions ministérielles de France. Par ailleurs, l'EFT a reçu les visites régulières de l'inspecteur français de la région dont elle dépend. Cette année, l'EFT a signé une convention avec l'AEFE. Elle est donc un établissement privé, mais a des enseignants français titulaires et détachés du ministère français concerné. Pourtant, il est important de rappeler que le régime pédagogique de l'EFT n'est en aucun cas différent de celui des établissements publics de France. C'est un point sur lequel les parents doivent être rassurés.
Quant à la gestion administrative et financière, c'est le bureau, représentant élu de l'APE, qui en est chargé. Le bureau se réunit régulièrement tous les mois. Depuis mars 1992, le rythme des réunions s'est accéléré pour décider d'options vitales, concernant notamment la recherche de nouveaux locaux plus spacieux et plus adaptés et la mise en place d'un programme d'enseignement secondaire.
Les frais de scolarité de l'EFT sont déjà très inférieurs à ceux de l'Ecole Américaine de Taipei et un peu moins élevés que ceux des autres écoles européennes (allemande et britannique). Pourtant, l'EFT les a baissés, car ils demeurent une très lourde charge pour les familles et pour les entreprises, en tant que partie des coûts d'expatriation.
Le ramassage scolaire
L'EFT possède des bus scolaires, mais a dû en louer pour parfaire le ramassage complet de tous ses élèves. Par cette grande souplesse, l'accès des enfants aux locaux scolaires est entièrement assuré. Pour tous les transports scolaires, l'EFT dispose de chauffeurs et d'accompagnatrices qui font deux tournées aller et retour chaque jour. Dans la journée, d'autres transports d'enfants peuvent avoir lieu, comme le déplacement d'une classe au gymnase ou au parc pour les épreuves sportives et de plein air, ainsi que toute autre sortie organisée.
Le calendrier scolaire
Les lois différentes de chaque pays conditionnent la vie sociale et les activités locales. Il n'est donc pas possible à Taiwan d'observer les fêtes mobiles, les congés et les vacances scolaires de France. Toutefois, si l'EFT suit bien les fêtes et congés chinois, légalement en vigueur, comme le Double-Dix, le Nouvel An chinois, elle a recherché le meilleur équilibre entre les contraintes locales et celles du calendrier scolaire français, divisé en trimestres coupés de vacances à mi-trimestre. L'établissement d'un calendrier qui respecte autant que possible les contraintes réglementaires françaises et les activités générales de la vie locale fait justement partie de ce souci d'équilibre tandis qu'un compromis s'est établi avec les autres écoles étrangères de Taipei.
L'organisation interne
L'EFT possède quatre classes de l'enseignement préscolaire et primaire. Chaque classe couvre deux niveaux. La première comprend la petite et la moyenne maternelle avec des enfants de 3 et 4 ans, la seconde la grande maternelle et le cours préparatoire (CP) avec des enfants de 5 et 6 ans, la troisième les cours élémentaires 1re année (CE1) et 2e année (CE2) avec des enfants de 7 et 8 ans, et la quatrième les cours moyens 1re année (CM1) et 2e année (CM2) avec des enfants de 9 et 10 ans. Du lundi au vendredi, les classes commencent à 8h 30 le matin et finissent à 15h 15. Dans l'horaire, est intercalé un cours d'anglais quotidien. Chaque classe est dirigée par un enseignant. Tous les enseignants sont titulaires, donc instituteurs de France, et détachés du ministère français de l'Education à Taiwan dans cette fonction précise à l'EFT. Ils suivent les données administratives, les instructions officielles françaises et travaillent avec les mêmes manuels, directement expédiés de France, le même matériel pédagogique et, bien sûr, les mêmes programmes scolaires qu'en France. Ainsi, un élève qui arrive de France peut immédiatement suivre sa classe puisque c'est exactement la même. Si un enfant avait quelque flottement dû à l'adaptation, il serait bien vite dissipé grâce à un enseignement plus spécifique, voire personnalisé, que permet justement la petite structure de l'école. Et inversement, un enfant qui rentre en France n'a pas le difficile problème de réadaptation. Il est donc primordial que les enfants français puissent être assurés d'une continuité scolaire toute normale, même à Taiwan.
D'une manière générale, on ne peut que louer les promoteurs, les organisateurs, les enseignants et les auxiliaires qui se sont tant dévoués à l'EFT. Les rudes efforts des premiers, accomplis dans tous les domaines, ont ainsi mis à sa disposition du matériel scolaire de qualité, parfois encore ignoré dans quelques écoles de France, comme un équipement audio-visuel. L'an prochain, l'EFT attend du matériel informatique, des petits ordinateurs, de nouveaux instruments de musique plus performants, sans oublier une extension de sa vidéothèque, notamment des vidéocassettes documentaires en sciences, géographie, histoire, etc. Il a fallu surmonter un problème technique d'importance, les systèmes médias étant différents et incompatibles. Tout cela donne évidemment une idée de la qualité de l'enseignement. Pour ses besoins de communication et autres, l'école dispose, par exemple, d'une photocopieuse et d'un télécopieur, des outils bien précieux que nombre d'écoles de France ne possèdent pas. Cette année, l'EFT a acquis plus de de livres malgré le prix du livre français.
L'enseignement général
L'EFT faisant partie du réseau des écoles françaises à l'étranger respecte l'ensemble des réglementations éducatives et pédagogiques de France jusque dans les volumes horaires d'une année scolaire et leur répartition. L'enseignement général, le programme de chaque discipline et l'organisation des cours sont identiques à tout établissement de France. Il est remarquable que, grâce à ses petits effectifs, l'EFT a un excellent niveau scolaire. L'inspecteur au cours de ses visites l'avait déjà noté. C'est un niveau un peu au-dessus de la moyenne nationale française parce que justement on est à même de pouvoir s'occuper un peu plus de chaque enfant. L'initiation à la culture du pays de résidence, propre aux écoles à l'étranger, y est également dispensée avec une ouverture cependant plus culturelle que linguistique.
Les cours d'anglais
Pour des raisons pratiques évidentes, l'EFT dispense un cours d'anglais quotidien à tous les enfants, obligatoire pour les plus grands. Ce cours est aussi scindé en deux groupes, l'un pour les débutants, l'autre pour les plus performants. Ces cours d'anglais sont dispensés par un professeur britannique, intervenant extérieur de l'école et utilisant un matériel pédagogique de Grande-Bretagne puisque c'est le système britannique qui a été sélectionné. Ce choix délibéré est bien sûr d'offrir les meilleures chances aux enfants puisqu'il apparaît que l'anglais est une langue indispensable dans le monde d'aujourd'hui et de demain, même en Extrême-Orient.
Les évaluations du travail
Comme en France, à partir du CP, il y a un système d'évaluation. Et, tous les trimestres, les parents sont avertis du niveau scolaire de leurs enfants par ces évaluations dans toutes les disciplines. Il n'y a pas de classement, mais une situation de l'enfant indiquant tel ou tel point où l'attention doit être retenue.
La petite cantine des anciens locaux de l'Ecole Française de Taipei.
Les activités extra-scolaires
Dans le cadre de son enseignement général, l'EFT anime quelques activités extra-scolaires. Grâce à la petite structure des classes, des activités sont communes, visionnements de films, jeux, sorties et classes de chant. Elle a organisé des sorties, des visites de sites, comme le monde miniaturisé de « sur » (Siaojenn Kouo) près de Tchongli, et de nombreux musées de la ville. L'an dernier, lors de l'exposition « Combas - Toulouse-Lautrec » au musée municipal des Beaux-Arts de Taipei avec des œuvres provenant du Musée d'Albi, se sont effectuées pendant un mois entre la classe de CE1 CE2 et celle d'une école chinoise plusieurs rencontres au terme desquelles une exposition d'œuvres des enfants s'est tenue au même musée municipal qui, à l'occasion, a publié un opuscule. Ces œuvres enfantines sont conservées à l'école. Dans le cadre de l'ouverture du monde qui entoure les enfants, on note les visites chez un potier chinois ou un apiculteur non loin de l'école et les échanges avec d'autres écoles chinoises avec un spectacle de marionnettes, des danses et des chansons. En tant qu'intervenante extérieure, Mme Sylvie Liu a dispensé des cours de peinture chinoise que les enfants ont beaucoup appréciés tandis que chacun possède sa petite palette chinoise. Comme les trois écoles européennes (allemande, britannique et française) de Taipei partagent une communion de problèmes et d'identités, il existe de nombreux contacts entre les enfants, sans pour autant être quotidiens. Cette année au Mardi gras, c'est avec l'école allemande qu'ont eu lieu les déguisements d'enfants. Dans l'après-midi, ce fut la promenade costumée des enfants dans les rues de Taipei, au quartier de Tienmou, sous les rires amusés des passants.
Nouveau bâtiment scolaire de l'Ecole Française de Taipei, vu de la cour intérieure.
A l'école, Mme Serre tient une activité bibliothèque tous les mardis matin. Elle écoute les enfants, s'intéresse à leurs goûts, leur présente des livres différents et les aide à choisir un livre au retour duquel les enfants ont à s'exprimer sur leurs lectures.
D'autre part, comme il existe à Taipei de nombreux organismes spécialisés dans diverses activités extra-scolaires, l'EFT n'a pas jusqu'à présent jugé de les remplacer, d'autant plus que ce n'est pas tout à fait sa vocation.
Les enfants étrangers
Actuellement, presque tous les enfants de l'EFT sont français. Ceux issus de mariage mixte franco-chinois sont relativement nombreux. Parmi ceux non français, on note cette petite fille dont le père est américain et la mère chinoise, ou celle-ci qui est de parents espagnols ou bien celle-là de parents honduriens, ou encore ces autres mexicains. Il y a également des suisses romands dont le père est suisse et la mère philippine. L'an dernier, il y avait des Canadiens d'origine chinoise et des Néerlandais. Cette année scolaire, sont rentrés cinq enfants de deux couples franco-américains. C'est le caractère sympathique de l'école d'avoir des enfants de divers horizons culturels.
Mais il n'y a pas d'enfants chinois. En effet, par décision des autorités supérieures locales en matière d'éducation, une école étrangère sise sur le territoire national [chinois] ne peut inscrire des enfants ressortissants chinois. En conséquence, les élèves pour s'inscrire dans une école étrangère de Taiwan doivent être munis d'un passeport étranger (non chinois).
L'EFT s'est fixée un principe. Un enfant, entrant au CP, la classe d'apprentissage de l'écriture et de la lecture, doit parler couramment le français afin de ne pas avoir en plus un apprentissage oral normalement fait en maternelle. Jusqu'à maintenant, le problème ne s'est pas posé. Les enfants parlant le moins bien le français ont eu la chance d'être dans une classe peu nombreuse où l'institutrice s'est occupée d'eux. Ils ont ainsi fait d'énormes progrès. A l'EFT, les enfants ont vraiment tous les atouts en main pour apprendre la langue de Molière, ce qui est bien sûr tout à l'honneur de l'enseignante qui s'est tant consacrée à chaque élève.
En maternelle, il n'y a pas cette restriction, car les petits ont une faculté étonnante d'adaptation et d'apprentissage oral. Donc, sous réserve de la décision administrative locale, l'EFT accueille volontiers les enfants de différentes nationalités qui veulent, et peuvent, venir.
L’Ecole Française de Taipei
Espace et clarté d'une salle de classe. Ici, le cours élémentaire de M. Patrick Bossard, concurremment directeur de l'Ecole Française de Taipei, année 1992-1993.
Les conditions de vie des enseignants
Les enseignants français venant à Taiwan pour la première fois éprouvent certainement des difficultés d'adaptation. C'est surtout la barrière linguistique et culturelle qui pèse de tout son poids et déroute un peu les premiers temps. « C'est frustant quand on débarque de sa province de ne pas pouvoir comprendre ni même, dans les cas les plus élémentaires de la vie, s'adresser aux gens qu'on croise », s'exclame une enseignante. Si on a déjà appris le chinois, l'approche est différente. Pourtant, tous ceux en place ont manifesté leur joie de découvrir cette région qui les a un peu fascinés et de rencontrer justement d'autres gens, d'autres mentalités. Comme le métier d'enseignant laisse un peu plus de temps libre, ils ont pu explorer cet autre monde, cette autre forme de pensée et de vie grâce, notamment, aux diverses attractions culturelles et touristiques locales de valeur.
Les enseignants français sont recrutés en France et liés par contrat à l'Association des parents d'élèves de l'EFT. Le cadre et les conditions de travail à l'EFT sont plus aisés qu'en France, et il est assez agréable d'enseigner à Taipei, dit une institutrice française. A cause de la petite structure de l'école, le personnel enseignant est peut-être plus mis à contribution qu'il ne le serait en France. Jusqu'à l'été 1992, comme les locaux étaient assez éloignés, cela a soudé toute l'équipe pédagogique, présente à l'école du matin au soir au milieu de ses élèves, contrainte de rester à midi. Les instituteurs et institutrices, également ramassés par le bus scolaire, arrivent à l'école à peu près tous en même temps que les enfants qu'ils accompagnent. Durant la journée scolaire, côte à côte avec leurs élèves, ils tissent des rapports amicaux et affectifs entre eux et sont certainement plus attachés à l'école. Ainsi, le grand clivage enseignants-élèves quelque peu désagréable n'existe pas à l'EFT. C'est là un aspect positif pour le développement intellectuel et social de l'enfant. « Je voudrais insister sur le fait que nous formons tous ensemble une petite équipe, précise Mlle Isabelle Passemard. Ce caractère sympathique et un peu communautaire de l'EFT ajoute une ambiance qui n'existe pas dans une grande structure de France. »
Malgré l'obligation de suivre le programme national, chaque enseignant a ses méthodes personnelles de l'enseigner. Devant le nombre réduit de ses élèves, il peut investir beaucoup plus auprès de chaque enfant. Il suit bien chaque cas, chaque enfant et le soutient pas à pas en cas d'éventuelle difficulté. Au déjeuner, il est encore aux côtés de l'enfant avec qui il partage le repas. C'est assurément le caractère un peu privilégié de l'EFT. Dans une grosse structure, il est moins présent auprès de chacun d'eux.
A côté de ces avantages, la petite structure de l'EFT rend les parents plus inquiets, et parfois plus exigeants, qu'en France où les relations avec les enseignants sont plus formelles. On remarquera alors une plus forte pression des parents auprès des enseignants plus abordables.
L'évolution de l'EFT
Au mois de juin dernier, s'est achevée la troisième année scolaire de l'EFT. C'est là un grand tournant, car la quatrième année scolaire marque une évolution importante. En effet, une partie des responsables est renouvelée, un directeur prend ses fonctions, les enseignants sont remplacés, l'école s'agrandit avec l'ouverture d'un début de secondaire (6e, 5e, 4e), enfin et surtout, des locaux considérablement plus spacieux et plus adaptés l'abritent dans un cadre complètement rénové. C'est le nouveau « campus » européen, commun aux trois écoles française, britannique et allemande de Taipei. Les contraintes du marché de l'immobilier insulaire qui n'offrent guère de locaux adaptés et dont le coût est toujours aussi excessif constituent un obstacle majeur au développement des projets éducatifs de ces trois écoles. Grâce à l'intervention conjuguée de leurs amis chinois et des autorités compétentes, ce problème épineux a pu être résolu dans les meilleures conditions, au moins à court et moyen terme.
Ainsi, les enfants de nationalités européennes peuvent non seulement grandir dans leur propre système éducatif, mais également se parfaire avec des contacts et des échanges quotidiens dans un environnement européen et même international où chacune de ces trois écoles conserve sa propre identité. Des services communs y sont bien sûr organisés tandis que chaque élève retrouve intimement son univers éducatif et linguistique.
Pour sa part, l'EFT maintient intégralement à l'intérieur de ce « campus » l'enseignement primaire selon les programmes nationaux de France. Elle a également choisi de dispenser un début d'enseignement secondaire qui assure une plus longue scolarité aux enfants français de Taipei. De la maternelle à la quatrième, cette décision est unanimement applaudie par la communauté française de Taiwan. Elle repose pour des raisons pratiques sur la coopération interscolaire. La constitution avec l'école britannique d'un ensemble éducatif secondaire où il y ait quelque synergie offrira aux enfants un environnement assez ouvert et quelques disciplines communes.
A l'EFT, cet enseignement fonctionnera, dans un premier temps, dans le cadre du CNED (Centre national d'enseignement à distance). Cet établissement national de l'enseignement français fournit aux enfants éloignés d'une école un ensemble pédagogique français composé de cours théoriques, d'exercices, de devoirs à rendre, de corrections. Plusieurs enseignants qualifiés français en dirigent les cours, les exercices à faire sur place et en surveillent les devoirs à renvoyer en France pour la correction et les évaluations. Il s'agit essentiellement d'un tutorat. Toutefois, une dérogation a été demandée pour que certains devoirs soient corrigés sur place avec prise en compte des notes. A cause de l'éloignement, le retour des corrections un mois plus tard rend parfois difficile le regard de nouveau intéressé des élèves sur des leçons retournées aussi tardivement.
Ce projet éducatif franco-britannique de Taipei d'un enseignement secondaire plus conséquent a une structure bilingue. Dans l'organisation des cours, il y a la structure intégrale française, sous le tutorat de l'EFT, et un enseignement de certaines disciplines, telles que les matières scientifiques, l'histoire, la géographie, la musique et la gymnastique, en anglais par des professeurs de l'école britannique. Les enfants ont alors leur cours en français selon le quota horaire réglementaire, plus, 14 heures d'enseignement en anglais pour les disciplines communes et sportives. Enfin, les enfants d'un niveau d'anglais insuffisant suivent des cours intensifs de rattrapage en cette langue.
Ainsi, par ce choix, les enfants français ont les avantages du système français (au sens strict, puisqu'ils peuvent immédiatement réintégrer sans aucune dérogation n'importe quel autre établissement scolaire français) et une large ouverture sur la culture anglo-saxonne par l'étude vivante de sa langue, ce qui est un aspect non négligeable. Les enfants de ce cycle secondaire sont bilingues ou le deviennent dès leur première année.
Les cours de chinois
C'est dans cette structure du secondaire que s'organisent des cours facultatifs de chinois. L'EFT bénéficie des cours de chinois dispensés par l'école britannique. Placés hors du temps scolaire normal, ces cours sont accessibles aux seuls élèves qui le souhaitent. En effet, comme l'objectif principal de l'EFT demeure au service des Français résidant à Taiwan, il ne semble pas honnête dans l'esprit des organisateurs de l'EFT d'imposer cette langue complètement différente et, de surcroît, difficile à un enfant français qui peut connaître des difficultés ou qui n'a pas un excellent niveau scolaire, du fait de se retrouver sous d'autres cieux, généralement pour une courte période de sa scolarité.
La formule d'enseignement du chinois sous forme moderne est assez intéressante. Il ne s'agit pas du tout d'apprendre la langue classique chinoise, mais essentiellement le vocabulaire élémentaire qui permet le maniement oral de la langue dans une conversation courante avec des amis ou dans la rue.
Les enfants issus d'un mariage mixte franco-chinois ont des connaissances de la langue chinoise qui dépassent largement l'entendement de l'enseignement du chinois à l'EFT. Ces enfants vivant à Taipei ont assurément plus de possibilités d'apprendre à lire et à écrire le chinois. Ils ont certainement plus de capacités que les enfants expatriés puisque, déjà à la maison, ils s'expriment en chinois avec leur père, leur mère, les membres de leur famille collatérale ou de leur entourage.
Le choix d'un enseignement
Il est important que les parents fixent l'enseignement qu'ils souhaitent offrir à leur enfant. Pour le développement naturel, intellectuel et culturel de l'enfant, la décision et la régularité sont de toute première importance. Désormais, les enfants français de Taipei ont une chance inouïe de suivre à l'EFT le système éducatif français. Avec l'expansion de l'école, les enfants progresseront dans une scolarité normale, ou quasi-normale, sous d'autres cieux jusqu'au collège et, pourquoi pas, jusqu'au lycée.
Photographies de Huang Chung-hsin.